L’influence des aspects organisationnels sur l’évolution des patients COVID-19 admis en unité de soins intensifs en Belgique

Depuis le début de la pandémie COVID-19, Sciensano collecte des données sur les patients COVID-19 admis dans la majorité des hôpitaux belges afin d’étudier l’évolution de ces patients et d’identifier les facteurs de risque de maladie grave ou de décès. En outre, Sciensano recueille quotidiennement des chiffres sur le nombre de patients COVID-19 dans les hôpitaux belges, qui sont utilisés pour surveiller l’occupation des lits au fil du temps. Plus d’informations sur la manière dont Sciensano rassemble ces données dans cet article(link is external). Sur base de ces informations, Sciensano a évalué l’influence des aspects organisationnels sur l’évolution des patients COVID-19 admis en unité de soins intensifs en Belgique.

Plusieurs études menées dans divers pays ont examiné les facteurs de risque de mortalité à l’hôpital des patients COVID-19 admis dans une unité de soins intensifs (SI). Sciensano a mené un même type d’étude(link is external) sur un total de 1 747 patients ayant séjourné aux soins intensifs dans les hôpitaux belges, entre mars et août 2020. Parmi ces patients, 632 (36.1%) sont décédés durant leur séjour à l’hôpital. Cette étude a confirmé que

  • l’âge avancé et
  • la présence de comorbidités (telles que les maladies pulmonaires chroniques, les maladies rénales chroniques et l’immunodéficience chronique)

augmentent le risque de décès. En outre, les patients nécessitant une ventilation invasive ou une oxygénation extracorporelle par membrane (ECMO) sont également plus à risque de décès.

De plus, le rôle que les aspects organisationnels de notre système de soins jouent dans le pronostic des patients COVID-19 admis dans une unité de soins intensifs a été étudié de manière approfondie. Au plus fort de l’épidémie, notre système de soins a été confronté à un afflux sans précédent de patients nécessitant des soins intensifs à l’hôpital. Dans certains hôpitaux, le nombre de lits de soins intensifs existants (reconnus) en Belgique n’était pas suffisant pour accueillir le nombre total de patients COVID-19 et non COVID-19 nécessitant des soins intensifs. Afin de disposer d’un nombre suffisant de lits de soins intensifs et de ventilateurs, les hôpitaux ont souvent dû réduire le nombre de soins non liés au COVID-19, et d’autres services hospitaliers et des salles et blocs opératoires ont été convertis en nouveaux services de soins intensifs. Le plus grand défi était de pouvoir gérer cette capacité supplémentaire créée avec un personnel de soins suffisamment formé et expérimenté, en particulier pour l’administration des soins intensifs.

Lorsque tous les lits soins intensifs reconnus réservés aux patients COVID-19 sont occupés dans un hôpital, il devient nécessaire d’utiliser la capacité supplémentaire créée. Notre étude montre que la «surcharge» des soins intensifs (défini comme le dépassement du nombre de lits de soins intensifs attribués aux patients COVID-19) est associé à une mortalité plus élevée parmi les patients COVID-19 admis aux SI en Belgique. Durant la période de l’étude, un même patient (toutes autres variables étant constantes) hospitalisé en SI  en période de « surcharge » aurait un risque de mortalité en moyenne de 6 % plus élevé que s’il avait séjourné en SI en-dehors d’une période de « surcharge ».
Cela souligne la nécessité

  • d’éviter de dépasser la capacité existante des soins intensifs
  • d’encourager une répartition optimale des patients dans les lits de soins intensifs reconnus, et donc le transfert de patients vers des hôpitaux disposant encore de lits de soins intensifs disponibles