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Le gisant au bras que l’on touche encore, Bruxelles Grand Place

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Majestueux, silencieux, presque vivant. Ce gisant en bronze, l’un des plus remarquables de l’art funéraire médiéval, attire immanquablement le regard — et parfois la main. Il représente Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, disparu en 1404, figure centrale de l’Europe de la fin du XIVᵉ siècle, prince redouté autant qu’admiré.

Commandé peu après sa mort, son tombeau devait incarner la puissance, la piété et l’éternité d’un homme qui avait marqué son époque. Le choix du bronze, matériau noble et durable, n’est pas anodin : il affirme la volonté de survivre au temps, d’imposer une présence au-delà de la disparition physique.

Allongé dans un calme solennel, le duc semble plongé dans un sommeil paisible. Les plis du vêtement sont d’un réalisme saisissant, presque mouvants. Le visage, serein, ne montre ni souffrance ni rigidité. À ses pieds, un animal symbolique rappelle la vigilance et la continuité. Autour du corps principal, les bas-reliefs racontent le rituel funéraire : processions, figures religieuses, pleureurs, tout un théâtre de pierre et de métal où se mêlent foi, pouvoir et mémoire.

Mais ce chef-d’œuvre n’est pas seulement un témoignage artistique ou historique. Il est aussi devenu, au fil des siècles, un objet de dévotion populaire.

Une tradition s’est imposée, discrète mais persistante : toucher — ou caresser — le bras du gisant porterait bonheur. La croyance est impossible à dater précisément, mais ses traces sont visibles. Le bras, plus clair, plus lisse que le reste de la sculpture, trahit le passage de milliers de mains. Des visiteurs anonymes, des croyants, des curieux, des superstitieux, tous ont répété le même geste, souvent en silence.

Certains viennent y déposer un vœu. D’autres cherchent la chance, la protection, ou simplement un lien tangible avec le passé. Dans ce contact furtif, l’histoire savante rejoint la tradition orale, et l’art sacré se transforme en talisman.

Ce gisant incarne ainsi une double mémoire : celle d’un grand prince médiéval et celle d’un rituel transmis sans mots, de génération en génération. Un tombeau devenu lieu de passage, où l’on ne fait pas que regarder — mais où l’on ressent, où l’on croit, parfois.

À la croisée de l’histoire, de l’art et de la légende, le bras poli du duc continue de relier les vivants aux siècles disparus.

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