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Le Perron de Liège : colonne de pierre, colonne vertébrale d’une cité

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Sur la Place du Marché, une colonne élancée coiffée de trois lions semble veiller sur les passants. Ce monument, connu simplement comme le Perron, dépasse largement le statut d’ornement urbain : il est un manifeste politique taillé dans la pierre. Dès le Moyen Âge, il incarnait les libertés communales, les droits juridiques et l’identité collective d’un peuple jaloux de son autonomie. Dans l’ancienne Principauté de Liège, posséder un perron signifiait détenir le pouvoir de rendre justice. Celui de la cité était donc bien plus qu’une fontaine : c’était un symbole d’autorité civique.

PERRON1La tradition attribue la première installation du monument au Xe siècle, sous le règne de Notger, figure fondatrice de la puissance liégeoise. Au fil des siècles, le Perron devient le cœur symbolique de la ville : on y proclame les édits, on y jure fidélité, on y célèbre les victoires. Sa présence rappelle que le peuple liégeois, souvent rebelle, ne se soumettait qu’à contrecœur aux puissances extérieures.

Cette fierté lui valut d’ailleurs un épisode dramatique. En 1468, après la prise de la ville par Charles le Téméraire, le Perron fut démonté et emporté comme trophée à Bruges. Ce geste n’était pas anodin : enlever le Perron, c’était enlever l’âme même de la cité. Quelques années plus tard, il fut restitué et réinstallé, signe éclatant que l’identité liégeoise survivait à toutes les humiliations.

La question de son ancienneté alimente aujourd’hui encore les discussions. Certains passionnés avancent qu’il pourrait s’agir de la première fontaine monumentale du territoire belge. Les historiens restent prudents : les sources médiévales sont fragmentaires, et la notion même de « fontaine » variait selon les époques. Était-ce d’abord un symbole judiciaire devenu fontaine, ou l’inverse ? Le doute persiste, et c’est justement cette zone d’ombre qui nourrit son aura.

PERRON2Architecturalement, l’ouvrage a connu plusieurs versions. Reconstruit, restauré, parfois déplacé, il n’a jamais cessé d’évoluer, s’adaptant aux transformations urbaines tout en conservant sa silhouette caractéristique. Les bassins, les colonnes et les sculptures actuelles sont le résultat de ces métamorphoses successives, comme si chaque siècle avait ajouté sa signature à l’édifice.

Aujourd’hui, les touristes photographient sa grâce sans toujours deviner qu’ils contemplent un témoin direct de révoltes populaires, d’orgueil civique et de rivalités politiques. Les habitants, eux, savent qu’il ne s’agit pas d’un simple monument : c’est un miroir de leur histoire. Car à Liège, le Perron n’est pas seulement une fontaine possible­ment ancestrale — c’est une déclaration permanente d’indépendance gravée dans la pierre.

Photos Félicien THIRY