Droit à l’oubli, HPV, tabac… tout ce qui change en Belgique dès le 1er juin 2026
Chaque début de mois apporte son lot de modifications législatives et administratives. Le 1er juin 2026 ne fait pas exception en Belgique, avec plusieurs réformes importantes touchant la santé, le travail, la consommation et les politiques sociales. Certaines mesures renforcent des droits existants, d’autres modifient profondément des systèmes en place depuis des décennies.
Tour d’horizon complet des principaux changements.
🧾 Le droit à l’oubli renforcé pour les anciens malades
L’une des évolutions les plus significatives concerne le droit à l’oubli dans le domaine des assurances.
Introduit en Belgique en 2019, ce dispositif permet aux personnes ayant souffert d’un cancer de ne plus être pénalisées lors de la souscription à certaines assurances, notamment l’assurance solde restant dû. Concrètement, cela signifie que les anciens patients guéris ne doivent plus voir leur passé médical influencer négativement leur accès au crédit ou à certaines couvertures.
Jusqu’à présent, certaines obligations de déclaration restaient encore en vigueur, ce qui pouvait compliquer les démarches administratives ou entraîner des primes plus élevées.
Dès le 1er juin 2026, le système est élargi :
- Les personnes guéries d’un cancer n’ont plus à mentionner leur ancienne maladie pour plusieurs types d’assurances supplémentaires.
- Le dispositif s’étend désormais aux assurances annulation de voyage.
- Il couvre aussi les assurances revenu garanti, déjà intégrées depuis 2022.
Les délais d’application varient selon les pathologies :
- certaines maladies sont concernées dès un an après guérison,
- d’autres après cinq ou dix ans,
- et certaines maladies chroniques stabilisées peuvent également être prises en compte.
L’objectif de cette réforme est clair : éviter que le passé médical ne constitue un frein durable à l’accès à la vie financière et assurantielle.
🚭 Vers un emballage neutre généralisé pour le tabac
La Belgique poursuit également son durcissement de la politique anti-tabac.
Depuis 2020, les cigarettes, le tabac à rouler et certains produits similaires sont déjà soumis à l’obligation d’emballage neutre. Cela signifie que les paquets doivent être uniformes, sans logo, sans couleurs distinctives et sans éléments de branding attractifs. Seules les mentions obligatoires (marque en typographie standard, avertissements sanitaires) sont autorisées.
À partir du 1er juin 2026, cette règle est étendue à une gamme beaucoup plus large de produits :
- cigares et cigarillos,
- tabac à pipe,
- feuilles à rouler et filtres,
- accessoires comme les pipes ou narguilés,
- dispositifs utilisés pour fumer certaines substances comme le cannabidiol.
Cette extension vise à réduire l’attractivité globale du tabac et à limiter les stratégies marketing indirectes des fabricants.
Les autorités sanitaires estiment que l’emballage neutre joue un rôle dans la prévention, en particulier chez les jeunes consommateurs, en supprimant l’image “lifestyle” associée aux marques.
💉 HPV : un remboursement élargi pour mieux prévenir les cancers
Autre mesure de santé publique importante : l’extension du remboursement du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV).
Le HPV est un virus extrêmement répandu, transmis principalement par contact sexuel. S’il est souvent éliminé naturellement par le système immunitaire, certaines infections persistantes peuvent provoquer des cancers graves :
- cancer du col de l’utérus,
- cancers de l’anus,
- cancers ORL (gorge, bouche),
- autres lésions précancéreuses.
Le vaccin Gardasil 9 est aujourd’hui reconnu comme l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir les infections aux souches les plus dangereuses.
Jusqu’à présent :
- les jeunes filles de 12 à 18 ans bénéficiaient d’un remboursement,
- et depuis 2022, les garçons sont également inclus.
Dès le 1er juin 2026, une nouvelle étape est franchie :
- les jeunes adultes de 19 à 30 ans non encore vaccinés peuvent désormais bénéficier du remboursement,
- les personnes à risque élevé restent couvertes jusqu’à 45 ans (immunodépression, greffes d’organes ou de cellules souches, etc.).
Cette extension vise à rattraper une partie de la population adulte qui n’a pas pu bénéficier de la vaccination dans son adolescence.
Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke souligne que cette politique s’inscrit dans une stratégie de prévention des cancers à long terme et de réduction des coûts de santé publique.
🚆 Fin des recrutements statutaires dans le rail
Une réforme majeure touche également le secteur ferroviaire belge, qui comprend la SNCB, Infrabel et HR Rail.
Actuellement, environ 88 % du personnel ferroviaire bénéficie d’un statut de fonctionnaire statutaire, un modèle très protecteur hérité de l’administration publique traditionnelle.
Dès le 1er juin 2026, ce système change profondément :
- tous les nouveaux recrutements se feront exclusivement sous contrat de travail classique,
- le statut statutaire ne sera plus attribué aux nouvelles recrues.
Cette réforme s’inscrit dans une volonté de modernisation et de flexibilisation du secteur public.
Elle est portée par le ministre de la Mobilité Jean-Luc Crucke, qui souhaite également réorganiser les responsabilités :
- la SNCB et Infrabel reprendront davantage de compétences en matière de recrutement et de formation,
- HR Rail conserve son rôle d’employeur juridique, mais perd certaines fonctions opérationnelles.
L’objectif affiché est d’accélérer les processus de recrutement et d’adapter plus facilement les ressources humaines aux besoins du terrain.
Cependant, cette réforme suscite des débats, notamment sur la stabilité de l’emploi dans le secteur public ferroviaire.
🛒 Éco-chèques : une utilisation élargie
Les éco-chèques, largement utilisés en Belgique comme avantage extralégal, évoluent également.
Dès le 1er juin 2026, leur utilisation est élargie à de nouveaux produits :
- produits alimentaires et textiles certifiés Fairtrade,
- produits issus de l’aquaculture portant le label ASC,
- appareils électroménagers plus performants sur le plan énergétique.
Dans le détail, certains équipements deviennent accessibles :
- réfrigérateurs de classe énergétique A, B et C,
- lave-vaisselle de classe A,
- lave-linge et sèche-linge de classes A à C selon les modèles.
Cette évolution vise à encourager des achats plus durables tout en augmentant la flexibilité des consommateurs.
Les partenaires sociaux estiment que ce changement permet de mieux aligner les éco-chèques sur les réalités du marché et les objectifs environnementaux.
🏥 Une nouvelle approche du financement des soins infirmiers à domicile
Le secteur des soins à domicile connaît également une réforme expérimentale importante.
Actuellement, les infirmiers sont rémunérés à la prestation selon une grille appelée “échelle de Katz”, qui évalue le niveau de dépendance du patient. Ce système est critiqué car il ne reflète pas toujours la réalité du travail effectué.
De nombreuses tâches essentielles, comme :
- l’éducation du patient,
- la coordination des soins,
- ou certaines interventions indirectes,
ne sont pas correctement prises en compte.
Pour répondre à ces limites, un nouveau système de financement est testé pendant deux ans.
Au total :
- 58 pratiques infirmières participent au projet,
- environ 1.000 soignants expérimentent le nouveau modèle,
- les autres servent de groupe de contrôle.
Le principe est simple :
- les infirmiers sont rémunérés à l’heure,
- le temps de déplacement est également pris en compte,
- une compensation hebdomadaire est prévue pour les participants.
Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke soutient cette réforme, qui vise à mieux valoriser le travail réel des soignants et à corriger les limites du système actuel.
⚖️ Vers la fin progressive des pensions médicales des fonctionnaires
Enfin, une réforme sociale importante concerne les pensions pour inaptitude médicale des fonctionnaires.
Jusqu’ici, certains agents de la fonction publique pouvaient être mis à la pension de manière définitive pour raisons de santé, notamment en cas de maladie longue durée ou d’incapacité de travail.
Ce système concernait entre 2.000 et 4.000 personnes par an, dont une part importante de travailleurs relativement jeunes.
Désormais :
- les nouvelles entrées dans ce régime sont supprimées,
- les personnes déjà concernées ne sont pas touchées,
- le dispositif est progressivement remplacé par un système équivalent à celui du secteur privé, géré via l’INAMI.
L’objectif est d’harmoniser les statuts entre secteurs public et privé, mais aussi d’encourager davantage de réinsertion professionnelle.
📌 Conclusion
Le 1er juin 2026 marque donc une série de changements structurants en Belgique, touchant des domaines très variés : santé publique, sécurité sociale, mobilité, consommation et droits des citoyens.
Certaines mesures renforcent la protection sociale (droit à l’oubli, remboursement HPV), d’autres modernisent l’administration (rail, soins à domicile), tandis que d’autres encore poursuivent des objectifs de santé publique et environnementaux (tabac, éco-chèques).
Dans l’ensemble, ces réformes traduisent une volonté politique commune : adapter les systèmes existants aux réalités actuelles, tout en renforçant la prévention et la flexibilité.
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