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Faut-il offrir des mangeoires aux oiseaux ?



Alors que l’hiver bat son plein, Natagora invite comme chaque année à compter les oiseaux qui fréquentent les jardins. De nombreux participants à l’opération augmentent leur chance d’attirer des visiteurs ailés en leur fournissant des mangeoires. Des questions peuvent se poser sur le bien-fondé de ce nourrissage parfois massif. Natagora et la LRBPO font le point à la veille du grand recensement annuel des oiseaux de jardin.

Pour des millions de personnes vivant dans un environnement urbain, s’émerveiller des oiseaux présents à la mangeoire est un des derniers liens avec la nature et un début de sensibilisation à sa protection. Quels sont les impacts réels sur l’avifaune d’un tel phénomène ? Plusieurs études scientifiques permettent d’éclairer la question.
Grâce à ces études, on sait que certaines espèces fréquentant les mangeoires voient leur condition physique et leur taux de survie s’améliorer. Comme la pratique du nourrissage s’amplifie, la quantité de nourriture ainsi fournie est telle que cette intervention humaine arrive à modifier les communautés d’espèce d’oiseaux. Certaines espèces voient leur population se renforcer.
Ne doit-on donc voir que du positif dans cette pratique, une aide pour les oiseaux dont on sait que beaucoup de populations sont en déclin ? Pas vraiment. Tout d’abord, toutes les espèces ne profitent pas des mangeoires de la même façon. Les nourrissages favorisent des espèces sédentaires vivant dans les environs immédiats de l’homme. Pas question donc de “compenser” les pertes encourues par les oiseaux migrateurs ou ceux qui vivent au fond des campagnes agricoles.
Même pour les espèces qui vont fréquenter les mangeoires, on peut identifier certains risques. Le plus important est sanitaire. Certaines maladies infectieuses se transmettent plus facilement entre individus qui fréquentent en nombre les mangeoires et les abreuvoirs. Par ailleurs, des intoxications surviennent dans certaines conditions, les arachides avariées produisant des toxines.
Jean-François Buslain, directeur de la LRBPO, résume : Il ne faut pas espérer résoudre les problèmes actuels de l’avifaune en remplissant ses mangeoires. Mais le nourrissage peut remplir un rôle éducatif et de sensibilisation non négligeable, en fournissant un contact direct avec une biodiversité vivante et bigarrée. Il y a cependant quelques règles à respecter.”
Le nourrissage hivernal doit être composé quasi exclusivement de graines. Les graisses ne sont utiles qu’en période de froid prolongé et doivent rester un appoint exceptionnel et temporaire. Le nourrissage printanier est peu recommandé, excepté lors des vagues de froid de mars-avril pendant lesquelles un apport en protéines sous forme de vers de farine peut être utile. La propreté des mangeoires et des abreuvoirs doit être une préoccupation majeure : le brossage quotidien et le nettoyage régulier sont essentiels. Si des oiseaux malades sont observés, l’arrêt immédiat du nourrissage, la désinfection des mangeoires et des abreuvoirs, et l’élimination des déchets au sol sont impératifs. Enfin, optons si possible pour des aliments bio qui ne détruisent pas la biodiversité sur leur lieu de production.
Pour Anne Weiserbs, ornithologue chez Natagora : “L’ultime conseil est de bon sens : avant de penser à leur fournir un nourrissage artificiel, offrez en priorité aux oiseaux un jardin naturel qui contiendra toutes les baies, les graines et les insectes dont ils auront besoin. Et en hiver, pour le plaisir des yeux n’hésitez pas en plus à placer une mangeoire en respectant nos conseils.”
Si ces quelques conseils sont appliqués, on peut s’attendre à une belle fréquentation du jardin par les oiseaux. Il ne reste plus qu’à les compter dans le cadre de l’opération “Devine qui vient manger au jardin”, le grand recensement annuel des oiseaux de jardin organisé par Natagora.
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