L’Amérique Latine éraflée

 

Sélectionnés parmi les œuvres de la collection d’Astrid Ullens de Schooten Whettnall, plus de 120 clichés d’une vingtaine de photographes latino-américains viennent témoigner des aspirations de peuples écrasés par la violence d’État. Entre revendications politiques et rêves meurtris, cette nouvelle exposition de la Fondation A incite à la réflexion sur le monde de demain.

Animée par une importante mission pédagogique, la Fondation A cherche à changer notre regard sur le monde par la photographie documentaire. Pour la collectionneuse Astrid Ullens de Schooten Whettnall, présidente de la Fondation, un parallèle est à faire entre l’Amérique latine en souffrance et l’Europe, qui pourrait suivre la même voie si nous n’ouvrons pas rapidement les yeux. Les pierres arrachées aux civilisations anciennes ont construit l’utopie moderniste, mais ni les fantasmes urbains ni les contestations n’ont sauvé l’Amérique latine de la violence. La première révolution du XXe siècle, au Mexique, échoue sur la dictature d’un parti révolutionnaire. Les espoirs de la révolution cubaine, quelques décennies plus tard, sombrent dans la désillusion. Ailleurs sur le continent, les tentatives démocratiques sont emportées par le totalitarisme et les guerres civiles. L’économie se nourrit du trafic des stupéfiants qui finance les guérillas et s’insinue jusque dans les appareils d’État. Les parois éraflées des architectures en ruine, au Chili, en Argentine, en Colombie, au Pérou, à Cuba, au Mexique, portent le poids du temps et de la revendication politique. Sur les murs décrépis, slogans publicitaires et politiques se décomposent dans les couches des affiches lacérées.

La Fondation A ouvre ses portes en 2012 au sud de Bruxelles, sur le site des anciennes usines de chaussures Bata. Créée à l’initiative d’Astrid Ullens de Schooten Whettnall, reconnue d’utilité publique, elle a pour vocation de soutenir la création, la connaissance et la conservation de l’image photographique. La Fondation s’inscrit dans une zone de la ville anciennement vouée à l’industrie, qui s’est progressivement transformée en un quartier de logements avec de nombreux lieux consacrés à la création artistique. Elle s’y inscrit avec le désir, en tant qu’acteur culturel, de participer à la vie de ce quartier. Véritable plate-forme consacrée à l’image photographique, elle se propose également de devenir partenaire de projets d’expositions et d’éditions, organisées en collaboration avec des institutions culturelles belges et étrangères.

Astrid Ullens de Schooten Whettnall partage le commissariat de cette exposition avec Alexis Fabry, spécialiste français de la photographie latino-américaine. Fondateur des Éditions Toluca avec Olivier Andreotti, il a été commissaire de nombreuses expositions parmi lesquelles : Miguel Rio Branco, Photographies 1968-1992 au Bal, à Paris, en 2020 ; Sol Negro au Centro de la Imagen, à Mexico et Urban Impulses à la Photographers’ Gallery, à Londres en 2019 ; Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu, à la Fondation Cartier pour l’art contemporain, à Paris, en 2018. Il est également directeur artistique délégué d’Hermès Maison. (Photo : Volando Bajo, Mexico, 1989 © Pablo Ortiz Monasterio)

« L’Amérique Latine Éraflée » Fondation A, Avenue Van Volxem, 304 à 1190 Forest.

Du 6 mars 2021 au 27 juin 2021. Renseignements : tél. 02.502.38.78 et www.fondationastichting.be


Previous post ATOMIUM ID#2021 Symbol Dès le 26 mars
Next post Les batraciens et les volontaires de retour sur les routes !