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Le bassin de #natation des #Marolles à la veille d’une rénovation

La Ville de Bruxelles a annoncé la rénovation de ce bâtiment des années ’50, situé sur la place du Jeu de Balle dans les Marolles et classé depuis 2010 en raison de son intérêt patrimonial moderniste. Le chantier s’étalera dans le temps afin garder les Bains accessibles le plus possible au fil des travaux. Un défi que relève Pierre Hebbelinck, dont l’atelier a remporté le concours. « Il s’agit sans doute de mon projet le plus humaniste jusqu’à présent », affirme l’architecte.

Les Bains du Centre accueillent annuellement plus de 200.000 baigneurs et baigneuses, tandis que 14.000 douches sociales y sont prises chaque année. Un public extrêmement diversifié : des bobos bruxellois aux SDF en passant par les femmes musulmanes, les adeptes de la boxe, les marchands du Jeu de balle, les groupes scolaires, … Témoignant une véritable empathie pour les publics précarisés, Pierre Hebbelinck met dans le projet une forte ambition sociale. En simplifiant le bâtiment, il lui donne de la force pour amplifier les usages.

Lasagne constructive pour un bâtiment… frustré

Construit en 1959 sur un concept datant de l’entre-deux-guerres, le bâtiment tout en verticalité consiste en une étonnante superposition de différents projets : immenses chaudières au charbon sur 3 niveaux de sous-sol (qui feront place à un espace de wellness), salle de boxe, salle de gym, piscines, restaurant en toiture, … L’ensemble témoigne d’une ambition publique remarquable à l’époque, avec des programmes sociaux pour les plus démunis, hélas encore en partie d’actualité de nos jours. Pierre Hebbelinck : « Le bâtiment a ceci de particulier qu’il n’est pas visible ou presque. Il est psychologiquement frustré. Face à ce constat, nous avons estimé qu’il fallait avant tout faciliter les accès aux rez-de-chaussée (supprimer les quelques marches abruptes qui disqualifient une partie du public) et venir poser sur le toit une offre pour tout le quartier, qui permet d’embrasser du regard les Marolles et de comprendre Bruxelles. Le jury a été frappé par le fait qu’on démontait la cuisine qui empêchait d’aller sur la terrasse donnant sur le Jeu de Balle. Nous avons donc ouvert la cafétéria non seulement vers la piscine mais aussi vers le Jeu de Balle et créé un escalier extérieur menant à une plateforme légèrement grillagée faisant de ce bâtiment un repère urbain. »

Une seule fonction par niveau

Autre atout du projet lauréat : faciliter les parcours dans le bâtiment en instaurant une seule fonction par niveau. Il est actuellement en effet très compliqué de faire circuler les personnes dans cette véritable « machine ». On se retrouve face à des parcours d’obstacles et un manque de lisibilité des circulations, avec de nombreux escaliers inutiles. Par contre, le dernier architecte du bâtiment existant avait créé une intéressante rue intérieure faisant le lien entre le Jeu de Balle et la rue du Chevreuil, même si elle change de niveau tout le temps, excluant les moins valides, poussettes, bambins, personnes âgées… « Mais la direction de la rue est remarquable. Nous allons assainir cette rue, d’autant qu’il nous est demandé un chantier complexe, qui maintient donc l’activité pendant la durée des travaux ! Cette rue intérieure permettra de réaliser un escalier temporaire qui permettra les flux nécessaires pour garder une piscine en activité, qui facilitera le chantier et qui sera ensuite la solution à tous les déplacements dans le bâtiment rénové. »

Un casting pour comprendre et faire sens

Au fil du temps, l’atelier d’architecture Pierre Hebbelinck se montre de plus en plus pointu du point de vue de la compréhension historique des projets qu’il prend en charge. Pour tout projet, il inclut désormais un historien dans l’équipe, complété ici par une cinéaste (Kita Bouchet, ce qui a permis d’évoquer en finesse les questions liées aux profils des usagers). Pierre Hebbelinck : « Je me rapproche de plus en plus de l’architecture comme langage, du récit.  L’historien Jos VandenBreeden, spécialiste de l’architecture surtout moderniste qui travaille avec nous aussi sur Bozar, le Musée du Chat… a travaillé ici notamment sur la stratification sociale, politique et économique du site afin de comprendre l’enjeu public du lieu et ses apports potentiels à la cité. »

Source : Architectura