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En bord de Sambre, le « Delta » © « Pixabay »En bord de Sambre, à Namur, à l’initiative du Service de la Culture de la Province de Namur – en  partenariat avec la « Galerie Ronny Van de Velde », d’Anvers, et la « Banque privée Delen » -, le  « Delta » met l’art minimaliste à l’honneurjusqu’au dimanche 17 avril 2022, avec son exposition temporaire « Perspectives minimales en Belgique », inaugurée le vendredi 18 février par la députée provinciale à la CultureGeneviève Lazaron.

Anaël Lejeune, docteur en Histoire de l’Art, commissaire de l’exposition © Ph. : Murielle Lecocq

Anaël Lejeunedocteur en Histoire de l’Art et commissaire de la présente exposition, écrit, dans l’avant-propos du catalogue : « Dans son moment d’émergence, l’art minimal se caractérisait par un dépouillement formel extrême qui lui valut d’ailleurs les railleries d’une partie de la critique et du public. Les oeuvres se présentaient le plus souvent comme d’imposants volumes géométriques ou structures élémentaires faits de  matériel industriel tels le contreplaqué, l’acier ou le plexiglas. Simples au point de paraître simplistes, ces oeuvres ont pourtant permis de dévoiler avec une force inouïe certains enjeux fondamentaux que soulève la création artistique, lesquels continuent de féconder aujourd’hui encore l’esprit de bien des plasticiennes et plasticiens … Le sens d’une forme ou objet artistique ne précède pas son apparition mais dépend de la manière dont cet objet se donne à la spectatrice ou au spectateur, et des conditions dans lesquelles advient leur rencontre. »

« Lignes de Coup »/1957 (Camiel Van Breedam) © « Coll. FIBAC » © Photo : Murielle Lecocq« Quelle que soit sa simplicité apparente (dans l’art minimalisme/ndlr), le sens de toute forme ou tout objet artistique dépend profondément de toute une série de facteurs tels que ses rapports de proportion avec le  corps de la personne qui le contemple, les rapports d’échelle par rapport à l’architecture, les angles de vue sous lesquels il s’offre, les variations de lumière, … »

« Architecture »/1925 (Pierre-Lousis Flouquet) © « Coll. FIBAC » © Photo : Murielle Lecocq aux Etats-Unis, au milieu des années ’60, ce courant artistique s’inspirait de la devise de l’architecte allemandnaturalisé américainLudwig Mies van der Rohe (1886-1969) : « Less is more » (« Moins c’est plus »).

A gauche : « Signe Vert »/1967 © Coll. privée © Photo : Murielle LecocqParmi les artistes exposés, notons – formé à l’ « Académie des Beaux-Arts » de Liège, où il obtint, en 1939, un doctorat en histoire de l’art – Jo Delahaut (1911-1992), l’une des figures emblématiques de l’abstraction géométrique -représentée, ici, par son huile sur toile « Signe Vert » (1967) – l’art abstrait  étant apparu en Belgique, dès les années ’20, de nombreux artistes belges ayant participé à son développement, alors que notre pays fut une terre d’accueil pour nombre d’artistes américains.

« Formes »/1939 (Georges Vantongerloo) © Coll. privée © Ph. : Prov. de Namur« Formes » (1939), huile sur panneau de Georges Vantongerloo (1886-1965), est un autre bel exemple de ces abstractions géométriques. Ayant étudié aux « Ecoles des Beaux-Arts » d’Anvers et de Bruxelles, blessé en 1914, cet artiste profita de sa convalescence, aux Pays-Bas, pour rencontrer, entre autres, le peintre néerlandais Piet Mondrian (Pieter Cornelis Mondriaan/1972-1944), l’un des pionniers de l’abstraction.

« Le Socle de Rodin »/1984 (Didier Vermeiren) © « Gal. Van de Velde » & « Sans Titre »/1984 (Marthe Wéry) © « Gal. Geukens-De Vil » © Photo : Murielle LecocqAutodidacte, ayant représenté, dans les années ’80, la Belgique, aux « Biennales de Sao Paulo » et « de Venise », n’ayant vécu qu’une année, en 1952, dans une école d’art privéeà ParisMarthe Wéry (1930-2005), autre adepte des formes géométriques, est représentée, au « Delta », par son installation « Sans Titre » (1984), composée de trois acryliques sur toile (2m70 x 80 cm, pour l’une d’elle, et 80 cm x 30 cm, pour les deux autres), constituées de couches superposées de couleursrépandues sur les trois surfaces, dont l’accrochage précis a été déterminé par l’artiste.

« Côté Couleurs, Côté Douleurs »/1969 © Lilli Dujourie © Photo : Murielle Lecocq

A l’occasion de la visite de presse du vendredi 18 février, nous parlant de l’oeuvre exposée de Lili Dujourie  (Roulers/°1941) – « Côté Couleurs, Côté Douleurs » (1969), constituée de deux plaques d’acier – Anaël Lejeune insista sur la précision absolue exigée quant à son installation, quitte à ce qu’elle soit retirée de l’exposition, même pour un seul centimètre d’erreur de placement, une rigueur que les non initiés ne peuvent imaginer, cette oeuvre ne pouvant exister sans son soutien, puisqu’elle dépend d’un environnement architecturaln’étant pas accrochée, mais bien simplement posée contre un mur.

« Maison de la Culture »/1964 (architecte : Victor Bourgeois) © Province de Namur »Venant d’évoquer l’architecturalAnaël Lejeune insiste, aussi, sur le rapport de cet art minimaliste à l’architecture, un bel exemple étant, d’ailleurs, le batiment de l’ancienne « Maison de la Culture de la Province de Namur », dont l’édification fut entammée en 1957 par Victor Bourgeois (1897-1962), inaugurée en 1964, avant d’être rénovée, pour nous offrir depuis septembre 2019, l’actuel « Delta ».

« Blue Light »/2011 © Ann Veronica Janssens © Photo : Prov. de Namur

Un « Delta », où nous découvrons quelques oeuvres particulières, dont la création d’une artiste belgenée au Royaume -UniAnn Veronica Janssens (°Folkestone/1956), qui ayant représenté la Belgique, en 1999 , à la « Biennale de Venise », nous propose, ici, « Blue Light » (2011), un cube en verre, contenant de l’huile de parafine, qui permet, en son sein, l’apparition d’une surface bleue, émanant d’une sérigraphie que nous ne pouvons voir. Cette oeuvred’un bon poids – 80 kilos -, ayant demandé trois heures de montage, aucune petite poussière ne pouvant être présente.

« Ax »/2006 (Ann Veronica Janssens) © « Gal. Van de Velde » © Photo : Murielle Lecocq

C’est à cette même artiste que nous devons l’oeuvre illustrant la couverture du catalogue et l’affiche de l’exposition, « Ax » (2006), un anneau lumineux en led blanc, d’un diamètre de 52 centimètres.

Alice Janne (°Namur/1985), une artiste locale qui – diplômée de l’ « ERG » (« Ecole de Recherche Graphique »), reçut, en 2012, le « Prix du Public de la jeune artiste la plus talentueuse » du  « Concours Médiatine Art Libre »à Bruxelles – nous présente, ici, « Rose, Vert, Violet » (2022), une installation en techniques mixtes, mettant en lumière les traces laissées par notre société de consommation.

« GM-311 Espace perdu »/1965 (Guy Mees) © « Gal. Van de Velde » © Photo : Murielle LecocqPlusieurs créations de Guy Mees (1935-2003), formé à l’« Académie des Beaux-Arts » d’Anvers, nous sont présentées, dont « GM-311 Espace perdu » (1965), une création de 1m20 de diamètre, réalisée en  dentelle et en bois, avec un néon bleu en son centre, ainsi qu’un ensemble de trois duos de papier colorésintitulés « Espace perdu GM-051 » (1983), « GM-070″ (1984) et « GM-067 » (1989), Anaël Lejeune  ayant insisté sur l’importance des espaces entre les morceaux de papierces espaces faisant partie de l’installation.

« Stèle 29*29*165″ »/1989 & 2020 (J. Mesmaeker) © Coll. de l’Artiste © Photo : Murielle Lecocq

N’oublions pas de citer la « Stèle 29*29*165 » (1989 & 2020), de Jacqueline Mesmaeker (°Uccle/1929), un bloc parallépipèdeen béton vibré, créé à la hauteur de l’artiste (1m65), contenant un chandelier à cinq branches, forcément invisible à l’oeil nu, mais révélé par un photogrammecinq gammagraphies de ce  chandelier faisant partie de l’installation, telle qu’elle fut présentée, en1990, à Bruxellespar la « Galerie Guy Ledune », alors que la « Stèle » seule, avait été présentée, l’année de sa conception, en 1989, à  Maastrichtau pied du jubé de l’église Saint-Augustin.

« Stèle 29*29*165″/1989 & 2020 (Jacqueline Mesmaeker) © Coll. de l’Artiste © Ph. : M. LecocqA noter qu’en 2020, pour être exposée au « Palais des Beaux-Arts » (« Bozar »), à Bruxelles, à l’occasion de l’exposition monographique « Ah quelle Aventure », cette « Stèle » connut une seconde conception, avec un nouveau chandelier. La gammagraphie, considérée, désormais, comme dangereuse, étant remplacée par une autre technologie, le « Géoradar GPR »A Namur, en 2022, nous découvrons, également, une  photographie « Polaroïd », dévoilant la « Stèle » originale.

Installation « in situ » © W. De Sauter © Ph. : Lecocq

Enfin, notons que le lauréat, en 1976, du « Prix de la Jeune Peinture »Willy De Sauter (°Dudzele/1938) est venu au « Delta », afin d’y réaliser, « in situ », une installation, qui se caractérise par « une recherche d’ordre et de structure, dans une tentative d’atteindre jusqu’à l’essence de la peinture » (catalogue/p.82).

« Composition abstraite »:vers 1921-1923 (Felix De Boeck) © Coll. privée © Photo : Murielle LecocqComme nous l’écrit l’artiste malonnois Bernard Boigelotprofesseur retraité de l’ « Académie des Beaux-Arts » de Namur « La particularité du minimalisme c’est de concevoir, avec des moyens épurés, une installation en symbiose pour un lieu précis », ce qui est fort bien réalisé au « Delta », même si, de l’avis de  Bernard Boigelotau « Delta » « Plusieurs oeuvres s’intègrent davantage à d’autres mouvements (que l’art minimaliste/ndlr), tels que l’art abstrait, l’art conceptuel, l’art optique et l’art povera. » A chacun de se faire son avis !

« Mezzo »/1953 (Francine Holley) © « Coll. FIBAC » © Photo : : Prov. de Namur

Une quarantaine d’oeuvres sont exposées sur deux étages du « Delta »réalisées par Felix de Boeck,  Jan De CockLuc CoeckelberghsAmédée CortierJo Delahaut, Lili DujourieWilly De SauterPierre-Louis FlouquetFrancine HolleyAlice JanneAnn Veronica JanssensBernd LohausGuy MeesMarc Mendelson, Jacqueline MesmaekerJozef PeetersJules SchmalzigaugVictor  Servranckx Camiel van BreedamEdmond Van DoorenPhilippe Van SnickGeorges Vantongerloo Guy VandenbrandenDan Van Severen, Didier Vermeiren et Marthe Wéry.

Geneviève Lazaron devant « Limites de la Nuit »/1952 © Coll. privée © Photo : Murielle LecocqOuverture : jusqu’au dimanche 17 avril, du mardi au vendredi, de 11h à 18h, le samedi et le dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant l’accès à l’espace muséal présentant, entre autres, des oeuvres de l’artiste namuroise Evelyne Axell {1935-1972}) : 5€ (0€, pour les moins de 12 ans, les étudiants des écoles de la Province de Namur, les enseignants, les « Art. 27 », les « Pass Museum » & pour tous, les dimanches 6 mars et 4 avril / réductions pour les détenteurs d’un « Pass Delta »). Réservations recommandées : via le site webObligations sanitaires (qui pourraient être adaptées en mars) : port d’un masque buccal (dès 12 ans), présentation de son « Covid Safe Ticket » (dès 16 ans) & d’une pièce d’identité. Catalogue Xavier Canonne – docteur en Histoire de l’Art et de l’Archéologie, directeur du « Musée de la Photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles -, avec un avant-propos d’Anaël Lejeune/Ed. « Ronny Van de Velde »/ cartonné/120 p./30€ {réductions avec le « Pass Delta »}). Contacts : 081/77 67 73. Visites guidées :  mediation@ledelta.be. Site web : http://www.ledelta.be.

Cindy Wright © « Belgian Gallery » © Ph. : M. Lecocq

A noter qu’à 400 m du « Delta », sur la place d’Armes, dans la« Belgian Gallery », nous pouvons découvrir d’autres oeuvres minimalistes, celles de l’artiste belge Cindy Wright (Herentals/°1972).

Ouverture : le samedi, de 14h à 18h & en semaine, sur RDV. Entrée libreContacts : 0486/82.52.10  &  info@belgiangallery.com. Site web http://www.belgiangallery.com.

 

Yves Calbert.