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#StillStanding for Culture : un “événement test”… démocratique



Alors que le Codeco conditionne toujours la reprise des activités culturelles à une
série de critères épidémiologiques et d’événements “tests”, la cinquième action de
StillStanding for Culture, qui vient de s’achever, constitue elle aussi un véritable
test… non pas sanitaire, mais démocratique. En quoi cet acte de résistance fait-il
bouger les lignes ? Bilan à chaud d’une semaine inédite.
1. La détermination du public et des organisations culturelles
• Malgré les annonces des procureurs et les pressions de certains bourgmestres, 131 lieux
et organisations en Wallonie et à Bruxelles ont accueilli du public entre le 30 avril et le
8 mai, après 6 mois de mise au placard.
Certains de ces lieux ont dû faire face à des pressions politiques ou à des interventions
policières, se voyant obligés d’user de subterfuges pour arriver à leurs fins : faire entrer les
spectateurs par une porte dérobée, les transformer officiellement en figurants participant à
un tournage, ou encore les faire revenir après le départ de la police…
Mais la grande majorité des actions s’est déroulée sans encombres, la police n’ayant
soit pas pointé le bout de son nez, soit s’étant contentée de relever l’identité d’une personne
membre de l’organisation.
• En dépit du risque d’amendes, le public a activement et consciemment soutenu cette
cinquième action de #StillStanding for Culture : près de 10.000 personnes ont participé
aux plus de 200 séances culturelles (qui ont toutes été très vite complètes) proposées
par des cinémas, théâtres, centres culturels, maisons de jeunes…Émotions palpables, applaudissements, remerciements… La détermination commune des
organisations culturelles et du public a donc été payante, et les témoignages de joie
abondent.
• Les soutiens, eux aussi, se sont multipliés, de la part de syndicats comme la CSC le
SETCa, mais également de très nombreuses personnalités ou organisations de différents
secteurs. Ainsi, les débats publics organisés quotidiennement par #StillStanding aux Halles
de Schaerbeek ont accueilli par exemple des magistrat·es, constitutionnalistes,
chercheurs·euses, sociologues, philosophes, journalistes, professeur·es, représentant·es
d’institutions, organisations de jeunesse, etc.
• Cette mobilisation inédite et solidaire s’est déroulée sous le regard attentif de médias de
différents pays (Allemagne, Espagne, Norvège, Etats-Unis, et singulièrement la France),
où elle inspirera peut-être des actions similaires.
2. L’action juridique
• Si globalement la police semblait avoir pour consigne de ne pas verbaliser les spectateurs,
dans le Brabant wallon le Gouverneur s’est montré particulièrement strict, et à Charleroi des
responsables de lieux culturels sont désormais convoqués chez le procureur. Nous
contesterons les potentielles amendes, ensemble, en espérant que cette occasion
permettra de faire constater par la justice le caractère discriminatoire des mesures
imposées aux activités culturelles.
3. Le caractère sûr des protocoles existants renforcé
• La consigne générale de l’action #StillStanding était de respecter les protocoles sanitaires
qui ont fait leurs preuves l’an dernier. Si certains organisateurs ont choisi de mener leurs
activités en plein air (anticipant ainsi d’une semaine la possibilité légale de réunir 50
personnes en extérieur), et que d’autres ont préféré utiliser la “jurisprudence Quentin
Dujardin” en accueillant un public limité à 15 personnes en intérieur, la plupart des lieux ont
appliqué les protocoles sanitaires en vigueur entre juillet et octobre derniers dans les
salles.
Ces protocoles sont sûrs, comme l’ont confirmé plusieurs études internationales ces
derniers mois. C’est également l’avis exprimé par l’épidémiologiste Marius Gilbert lors d’un
débat public organisé cette semaine par #StillStanding aux Halles de Schaerbeek à
Bruxelles.
• Par ailleurs, on notera que des bourgmestres de toutes les principales familles
politiques francophones ont toléré ces ouvertures culturelles (dans tout le pays, seul le
bourgmestre d’Etterbeek a pris un arrêté d’interdiction), reconnaissant implicitement la
légitimité de cette action. On se demande comment le Codeco de ce mardi 11 mai pourra
encore justifier la fermeture du secteur culturel par des arguments sanitaires et
combien de temps il pourra persister dans la sémantique des “assouplissements” plutôt que
des rééquilibrages ?• Quoiqu’il en soit, une chose est sûre : des liens se sont renoués, des rencontres et des
échanges ont à nouveau été possibles, une pensée collective s’est remise en marche
remettant au centre la pratique démocratique du débat, et un nombre croissant de
personnes et d’organisations refuse de rester dans un “modèle” de société qui se
base sur le travail et la consommation marchande et qui bannit la culture et le lien social