THE ABC OF PORN CINEMA

The ABC Of Porn Cinema

Jusqu’au 9 janvier 2022 exposition chez MIMA
L’exposition en partenariat avec le cinéma NOVA.
Cette exposition est interdite aux moins de 18 ans.

La pornographie, c’est 27% du streaming vidéo sur Internet, un trafic à 80% masculin. Son influence sur chacun·e est relative, mais elle joue un rôle important dans la construction des représentations culturelles de la sexualité.

En 2013, fermait l’ABC, dernier cinéma bruxellois pour adultes fonctionnant “à l’ancienne” et projetant des films en 35mm. The ABC of Porn Cinema traverse les quatre décennies d’activité de cette salle et évoque le monde qui l’entourait. À travers de nombreux documents, posters, affiches peintes à la main, pavés de presse, photos censurées et installation artistique, elle met en lumière un pan obscur de notre culture, destiné aux oubliettes de l’histoire. Ces archives historiques sont exceptionnelles et ne manquent ni de cocasserie ni de matière à réflexions et controverses !

40 ans d’archives, cela représente 3000 bobines de films, une dizaine de m3 d’affiches, photos et autres documents… Une collection précieuse pour comprendre et préserver une histoire locale peu connue avec des ramifications allant d’Ostende au Tyrol, en passant par New York ! Un véritable voyage dans le monde et dans le temps !

Ce fonds offre un regard sur un monde disparu, mais pas si lointain. Cette collection et les histoires qu’elles recèlent exercent un certain pouvoir de fascination et suscitent parfois une forme de nostalgie. L’esthétique artisanale d’un autre temps et l’iconographie issue de “l’âge d’or” de la pornographie, notamment, peuvent atténuer les regards critiques. Un recul est pourtant nécessaire pour envisager l’archive, marquée par l’hégémonie d’un regard masculin et blanc, « hétéro normé » » sexiste, souvent violent.

Une époque révolue
Dès le début des années 1980, le marché du magnétoscope prend de l’ampleur en Belgique. Son succès se ressent nettement dans les fréquentations des salles de cinéma érotique. Les films pornographiques peuvent désormais être regardés en toute intimité et en version non censurée, alors que les cinémas porno ne peuvent paradoxalement toujours pas projeter de films “hard” en version intégrale ! Concurrence déloyale !
Les cinémas pour adultes doivent se réinventer ou disparaître. Pour attirer le chaland, il faut être créatif. Dans le réseau ABC, on misera dès 1981 sur les strip-teases entre les films.
Les “spectacles” sont alors mis en avant, des artistes internationales sont au programme, leurs noms affichés en grandes lettres dans les vitrines. Les candidatures affluent du monde entier et beaucoup de danseuses, parfois accompagnées d’un compagnon pour un numéro en duo, font escale en Belgique. De grandes revues de variétés érotiques sont organisées et différentes formules sont expérimentées : numéro personnalisé à réserver selon un fantasme, diffusion des matchs du Mondial 1986 avec effeuillage à la mi-temps…
Si la formule remporte un certain succès, elle vaudra aussi des ennuis au cinéma ABC et le conduira à sa perte. En effet, les autorités communales bruxelloises appliquent depuis les années 1990 une forte taxation sur les “spectacles de charme”.

En présentant une petite sélection subjective des archives de l’ABC, le MIMA effleure son histoire et se pose en miroir face à des questionnements contemporains sur la ville, le cinéma et, bien sûr, la pornographie.