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Le 22 février, au “Ciné-Club” du “Centre culturel Le Senghor”, à Etterbeek : “La Disgrâce”

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« On a beaucoup de mal à admettre que la différence est un enrichissement » (Didier Cros, réalisateur).

Au « Centre Culturel Le Senghor », à Etterbeek, l’asbl « EOP ! » (« Extra & Ordinary People ! »nous invite, grâce à une « Carte blanche » du « Ciné-Club », offerte au « TEFF » (« The Extraordinary Film Festival ») à (re)découvrir :

*** « La Disgrâce » (Didier Cros/France/documentaire/2018/66’/film lauréat, en 2019, du « Prix du Public Long Métrage »au « TEFF », à Namur, &, en 2020, du « Prix Coup de Coeur de Caza »au « FIFH » {« Festival international du film sur les handicaps »}, à  Lyon /avec la présence, à Etterbeek, de l’une des protagonistes, Patricia Lefranc).

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Patricia Lefranc, dans « La Disgrâce » (Didier Cros) © « Studio Harcourt »

Synopsis : « Ce film donne la parole aux faces détruites, aux identités déglinguées par le hasard ou la destinée. Figures malformées de naissancevisages ravagés par les accidents de la vie. Comment vivre sous le poids de la différence ? Qu’est-ce que la singularité la plus dérangeante peut nous dire de notre  humanité commune ? Quel miroir offre le ‘Studio Harcourt’ – fondé à Paris, en 1934 -, où se font les  entretiens ? … »

  • Une bien belle histoire, après un horrible féminicide :

Luc Boland, le fondateur, Patricia Lefranc & Frédérique Laniel, la directrice © « FIFF » © Ph. : L. Lambotte/2021

Quelques mots sur la protagoniste belge Patricia Lefranc, que nous pourrons rencontrer au « Centre culturel Le Senghor » Ayant subi près de 120 opérations  chirurgicales, défigurée, à l’acide sulfurique, par son ex-compagnon, en 2009, elle est l’autriceavec Sébastien Yernauxde  « Vitriolée » (Ed. « Boîte à Pandorre »/2014). Enthousiasmée par l’ambiance du « TEFF », elle est devenue l’une de ses plus fidèles bénévoles,  au  « Delta », à Namur, de ce important Festival, qui, désormais, est organisé chaque année

Si, dans le documentaire, elle déclare « Je suis morte socialement. Pour avoir une vie, il faut avoir un visage »après la projection du film,  particulièrement émue, elle prit le micro, pour déclarer : « Vous nous faites vivre de telles émotions ! Comment voulez-vous que l’on s’arrête de  pleurer ? »

Certains s’étonneront que le studio « Harcourt »temple du glamoursanctuaire de la beautéayant vu défiler sur ses plateaux des stars du monde entier, ait pu accepter ce défi de photographier des personnes dont le visage a été détruit. C’est tout à l’avantage de Didier Cros  d’avoir pu convaincre ces professionnels de la photo d’aider par la réalisation de leurs clichés à la réappropriation du regard sur soi, chacun d’eux (d’elles) ayant pu choisir la photo  dont elle ou il acceptait l’édition en vue d’être exposée … 

Qu’elle bien belle mise en valeur de ces personnes dont les visages ont été détruits : par balles, sur la terrasse du  « Bataclan » ; par de l’acide sulfurique, lors d’un féminicide ; par une malformation, à la naissance ; par un cancer ; … Ainsi, notons le propos, sur la scène du  « Delta », à Namuren 2019, de la protagoniste valaisane  Jenny Udriotbien dans sa peau meurtrie, qui interpréta une chanson, dont le public reprit le refrain :  « Je mettrai mon coeur dans du papier d’argent … »elle qui n’accepte pas l’adjectif « défigurée », nous ayant dit, au micro :  « C’est faux, on a une figure, différente, c’est tout ».

  • Echo d’un média :

De g. à d., Patricia, Didier, Gaelle, Guilhem, Jenny et Stéphane © Marie-Christine Paquot/« EOP »

A notre collègue Sonia Devillers, pour « France Inter »Didier Cros confia, évoquant les cinq personnages du film : « Ils étaient dans un rapport avec eux-mêmes, dans un face à face avec eux-mêmes  Ce qui est terrible, c’est que le regard parfois insistantpervers, fait de rejet que l’on porte sur eux, les ramènent en permanence à leurs blessures. Ces dernières deviennent comme leur identité … Une façon de faire prendre conscience aux gens que les personnes abîmées du visage se cachent parce que la société les cache … Il y a un diktat, une obligation d’être beau, le devenir, le rester coûte que coûte … Cultivons notre singularité et intéressons-nous à celle de l’autre.« 

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Guilhem Lignon, dans « La Disgrâce » (Didier Cros) © « Studio Harcourt »

Et d’ajouter : « J’ai fait beaucoup de films documentaires sur la marge, en général, des films sur la prison, sur les sans logis, sur le handicap, …, car j’ai toujours été intéressé par ces thématiques-là et notamment par les sujets tabous. Ce documentaire vient d’une histoire personnelle. Ma sœurhandicapée mentale,  décédée récemment, en Belgique, était abîmée du visage, depuis sa naissance et en revenant d’aller la voir, je me suis vraiment dit qu’il y avait quelque chose à faire sur le visage et sur ce que nous dit la laideur ou les visages que l’on prétend abîmés par la vie. Il y avait là une leçon à tirer. »

La Suissesse Jeny Udriot © « Jenny Artiste Officiel ».

« Je voulais faire un film sur l’image de soi et le regard de l’autre. On est face à quelque chose d’extrême dans la question de la  représentation (le choix de dissimulation, de la distanciation ou bien aller au contact). Ce que j’ai souhaité faire, ce n’était pas de me dégager de quelque chose de naturaliste pour proposer un film qui soit stylisé … L’objectif était qu’on puisse oublier les apparences, pour s’intéresser vraiment à la personne, au fil de son témoignage … Il m’est venue l’idée d’une séance photo au réputé « Studio Harcourt », à Paris, dans lequel on allait suivre, avec chacun des cinq protagonistes du film, le  déroulement de cette séance photo. »

Stéphane Vouillaume, dans « La Disgrâce » (Didier Cros) © « Studio Harcourt »

« (Ils) ont du courage, ils ont dû apprendre à accepter de se mettre en visibilité, pour redonner de la visibilité à celles et ceux qui l’ont perdue. C’était l’objectif de ce film. Je pense qu’ils l’ont compris et c’est pour ça qu’ils ont souhaité y participer. Ils savaient qu’à travers euxils se faisaient l’écho d’énormément de personnes qui vivent cachées« .

« On a beaucoup de mal à accepter la différence, c’est très signifiant de l’époque. Mais au-delà de la question de la différence, on a beaucoup de mal à admettre que la différence est un enrichissement.« 

Assurément, un documentaire à voir ou à revoir !

  • A Etterbeek, un court-métrage nous sera proposé en avant-programme :

*** « Shhh ! » (Shamir Raiapov/Kirghizistan/fiction/2021/02′).

Synopsis
 : « Le jour de son anniversaire, Amanda, 5 ans, en a assez des disputes gesticulantes de ses parents sourds. »

  • En conclusion :
… Et rendez-vous à Namur, au « Delta », pour la 9e édition du « TEFF »du jeudi 05 jusqu’au dimanche 08 novembre 2026, en soulignant le propos de Luc Bolandson fondateur & : « Le ‘TEFF’  est plus qu’un Festival de films sur le thème du Handicap, c’est une  expérience cinématographique,  culturellehumaine, avec des rencontres riches, des moments d’émotions intenses ou de riresdont on ressort grandis. Le Cinéma, la Culture et l’Inclusion  partagent un pouvoir commun, celui de  refléter  nos diversités et de nous unir dans une histoire universelle, chaque film étant une invitation à voir le monde autrement.. »
  • « La folle épopée de Lou B. », de Berlébus et du papa mouton » :

Loub,Luc Boland,Le Monty,Le Fou rire,Théatre,Laura Telly Cambier,Berlébus

© Luc Boland

Luc Boland étant le papa de « Lou B. » (Lou Boland/°1998), non voyant, étant porteur du syndrome de Morsier, demi finaliste, en 2021, à  « The Voice Belgium »tous deux interpréteront « La folle Epopée de Lou B., de Berlébus et du papa mouton »sur les scènes du  « Monty », à Genappe, le samedi 18 avril, à 20h30, ainsi qu’au « Théâtre du Fou Rire », à Ixellesle samedi 25 avril, à 20h, & le  dimanche 26 avril, à 17h.

« Lou B. » © « The Voice Belgium »/2021

Un récit vrai, touchant et lumineux, sur lequel nous reviendrons en temps voulu.

Yves Calbert.