ILS ONT DES MOLLETS EN TITANE
À première vue, ce n’est qu’un escalier. Mais dès que tu poses le pied sur les premières marches de la Montagne de Bueren, tu comprends que tu entres dans une expérience. Pas une promenade. Pas une balade. Un défi. Une ascension. Un duel silencieux entre toi… et 374 marches qui n’ont jamais pitié.
Nichée au cœur de Liège, cette montée spectaculaire a été construite en 1881 pour une raison très concrète : permettre aux soldats stationnés à la Citadelle de Liège de rejoindre rapidement le centre-ville sans traverser les petites rues jugées dangereuses. À l’époque, pas question de cardio ou de challenge sportif : c’était une question de stratégie militaire. Aujourd’hui, la mission a changé… mais l’effort reste le même.
Le nom du lieu évoque le courage d’un héros local, Vincent de Bueren, chef de guerre du XVe siècle. Avec quelques centaines d’hommes, il osa affronter les troupes du puissant Charles le Téméraire dans une attaque nocturne restée célèbre. Même si l’assaut échoua, l’audace marqua l’histoire et transforma Bueren en symbole de bravoure liégeoise. L’escalier perpétue cet esprit : ici, chaque montée est un petit acte de courage personnel.
Au fil des années, l’endroit est devenu un passage obligé pour visiteurs, sportifs, photographes et amoureux du patrimoine. Les coureurs s’y chronomètrent, les voyageurs s’y arrêtent pour reprendre leur souffle, les influenceurs y cherchent l’angle parfait. Et puis il y a les soirées spéciales où des milliers de lumières transforment les marches en cascade dorée — un spectacle presque irréel qui attire des foules entières.
Mais la vraie récompense arrive en haut. Lorsque tu atteins la dernière marche, le souffle court et les mollets en feu, le panorama s’ouvre soudain sur les toits de la ville, les clochers, les collines… et le ruban argenté de la Meuse qui serpente au loin. À cet instant précis, tu ne penses plus à l’effort. Tu penses seulement : je l’ai fait.
Parce que la Montagne de Bueren n’est pas un simple escalier. C’est un rite de passage liégeois, un monument de caractère, un défi urbain qui transforme chaque visiteur en conquérant — au moins pour 374 marches.
Photos Félicien THIRY

