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Au “TreM.a”, à Namur, jusqu’au 15 Mars : “Marche-sur-Meuse. Que s’écoule le Temps … et passent les Dames”

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La « SAN » (« Société Archéologique de Namur »nous invite, jusqu’au dimanche 15 mars, à découvrir « Marche-sur-Meuse. Que s’écoule le Temps … et passent les Dames », à Namur, au « TreM.a » (« Musée des Arts anciens du Namurois »), cette exposition temporaire inédite étant consacrée à un pan méconnu de l’histoire monastique féminine :« L’ Abbaye Notre-Dame du Vivier », nichée à Marche-les-Dames.

« Notre-Dame du Vivier » (vers 1240-1250), en chêne doré & polychromé © « Musée diocésain »

Implantée sur la rive gauche de la MeuseMarche-les-Dames, section de la Ville de Namur, depuis 1977, trouve vraisemblablement son origine dans le ruisseau de la Gelbressée, qui prend sa source à Marchovelette, avant de se jeter dans la Meuse. Ce cours d’eau, dénommé anciennement Marka, aurait servit, au sein du Comté de Namur, de limite entre Namur le bailliage de Wasseiges.

« Abbaye Notre-Dame du Vivier », à Marche-les-Dames © « SAN »

Les diverses appellations retrouvées dans les textes : MarchaMarcheMarche sur Meuse, Marche sur Moise, Marche sor MouseN. D. deleis MarcheMage le DammeMars les dames, … font toutes référence à ce cours d’eau, qui jouera un rôle central dans le développement de ce
vallon humide et inhospitalier.

Après avoir situé cet abbaye cistercienne sur 3 anciennes cartes géographiques, nous découvrons, entre autres, trouvée dans une grotte, sise à proximité du lieu où fut découvert, le 14 février 1934, le corps du roi Albert 1er (1909-1934),une canine ... d’ours & une tête de fémur d’un …  lion des cavernesdatant du paléolithiqueune période préhistorique s’étant achevée il y a 11.700 ans.

L’ancien Château de Marche-les-Dames © « SAN »

Prêtée par l’ « Abbaye de Mariënlof », à Kerniel, une section de l’actuelle ville belge de Tongres-Looz, nous trouvons une huile sur bois, de 180 x 127 cm, peinte en1635, nous dévoilant 33 moniales cisterciennes (1635), exposée derrière une sculpture en bois de chêne, de Saint-Bernard de Clairvaux (1090–1153), réformateur de l’Ordre cistercien ou Ordre de Cîteaux.

Selon les plus anciens textes conservés, leur premier monastère semble lié au village de Tillier, une section de l’actuelle Ville de Fernelmont. Il portait le nom de Vivier Sainte-Marie. Tout en possédant déjà une maison à Marche sur Meuse, leur l’installation définitive de l’abbaye en ce lieu n’aurait eu lieu qu’autour de 1247, le site de Tillier ne répondant sans doute pas aux strictes normes cisterciennes, cet abbaye n’étant officiellement intégrée à l’Ordre cistercien qu’en 1263.

Sans que cela soit prouvé, les premières moniales étaient les épouses de soldats participant à la première Croisade, menée par Godefroid de Bouillon (vers 1058-1100), qui se seraient regroupées en un même lieu.

Bien que retirées au cœur de leur vallée, les moniales cisterciennes jouaient un rôle important dans la vie des villages alentour, le monastère  constituant un véritable centre économique & social, générant desemploissoutenant les pauvres & accueillant de nombreux visiteurs, dans un espace réservé aux hôtes.

A l’occasion de la visite de presse, Aurore Carlierconservatrice et gestionnaire des collections de la « SAN », nous confia : « L’abbaye Notre-Dame du Vivier a produit et conservé un patrimoine remarquable, d’une grande diversité et d’une immense valeur symbolique. Montrer ces œuvres aujourd’hui, c’est redonner voix à une communauté de femmes, qui a façonné la vie religieuseculturelle et sociale du Namurois, pendant plus de six siècles. »

De son côté, Cédric Visart de Bocarmé, président de la « SAN », nous rappela le caractère unique du lieu : « Dans ce vallon humide et  inhospitalier, de prime abord va s’établir au XIIIe siècle une communauté de femmes qui y vivront en recluses, dans le recueillement et la prière, suivant les règles des Cisterciens. Le site – une vallée traversée par un cours d’eau, bordée de bois, retirée du monde tout en restant accessible par les voies de communication – se prête idéalement à leur mode de vie, répondant aux critères de l’Ordre. »

« Au confin de Beez & de Marche-les-Dames (Général Otto de Owen/1825) © « SAN »

Attestant du côté inhospitalier de ce lieuA. Benoit-Faber, ingénieur du prince Antoine d’Arenberg (1826-1891), écrivait, en 1849, évoquant le site, perdu en pleine nature, de Marche-les-Damesen ces termes : « … si la main de l’homme s’était quelquefois fait sentir dans ces lieux, ce n’avait guère été que pour y exercer la rapine ou le meurtre ».

Parmi les objet qui nous sont présentés notons le « Repos de Jésus »dit « Jésueau » (12,5 x 11,5 x 8 cm), du début du XVe siècle, réalisé en argent coulérepoussé et ciselé, propriété de la « SAN », reconnu comme « Trésor de la Fédération Wallonie-Bruxelles ».

« Vierge à l’Enfant » (vers 1250-1270), en chêne polychromé & doré, rehaussé de cristal de roche © « SAN »

Un autre « Trésor » exposé est une sculpture en chêne polychromé & doré, rehaussée de cristal de roche, la « Vierge à l’Enfant » (vers 1250-1270).

Panneau de droite du triptyque « Cycle de la Passion » (Maître de Marche-les-Dames/1580-1590), avec une moniale, en robe blanche © « Musée diocésain »

Du « Maître de Marche-les-Dames », nous admirons le « Cycle de la Passion », un triptyque (78 x 184,5 cm, avec encadrement/1580-1590),  dont le panneau de droite, nous montre le Christ portant sa croix & une moniale, en robe blanche, alors qu’un second triptyque (68 x 149 cm) de 1570-1590, du même artiste, nous montre une soeur converse, en habits sombres, prévus pour les travaux manuels.

De fait, les tâches manuelles sont confiées aux conversi (frères laïcs) et conversae (sœurs laïques), qui quittent villes et villages pour mener une  vie religieuse, à l’abbaye. Liés par un vœu d’obéissance à l’abbesse, elles & ils forment un groupe distinct, logeant séparément, priant dans un espace réservé de l’église et portant un habit sombre.

Si cette place accordée à l’image peut paraître paradoxale au sein d’un ordre prônant l’austérité, une certaine souplesse émerge dès le XIIIe siècle, surtout dans les communautés fémininesL’image y devient un outil précieux de méditation & d’enseignement, conciliant ainsi  spiritualité cistercienne & sensibilité artistique.

Bourse à reliques (1030-1190), en lin & sergé © « SAN »

Outre des bourse à reliquesnombre d’antiphonaires, chartes, dessins, objets liturgiques, ouvrages reliés, peintures & sculptures nous sont présentésAinsi, dans la dernière salle, sous le portrait (1744/97,5 x 81,5 cm) – récemment restauré (une vidéo nous détaille les étapes de cette restauration)de Louise de Fumal (1695-1769), 15e abbesse de l’abbaye (1743-1769), nous découvrons la lettre patente, signée de la main de l’impératrice Marie-Thérèze d’Autriche (1717-1780) la désignant, le 1er février 1744, comme abbesse de « Notre-Dame du Vivier »un  second document, également exposé, confirmant cette nomination, signé par l’abbé de l’abbaye d’Aulne, en sa qualité de père-immédiat.

« L’Éducation de la Vierge » (vers 1500-1520), en chêne polychromé & doré © « SAN »

Terminant notre visite, nous découvrons – outre un ostensoir soleil, en argent vermeil, avec pierres précieuses & semi-précieuses – une  patène et un calice, en argent partiellement doré, offerts à l’occasion de la nomination, en 1769, de la dernière abbesse, Josephe de Boron, alors que l’abbaye ne comptait plus que huit moniales trois converses.

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Abbaye Notre-Dame du Vivier, à Marche-les-Dames, au XXI siècle

En 1969, la Région wallonne a classé l’abbaye Notre-Dame du Vivier, à Marche-les-Dames, en tant que « Monument patrimonial », le Gouvernement wallon l’intégrant, en 2022, au sein de la « Liste du Patrimoine immobilier exceptionnel de la Région wallonne ».

© « SAN »

La visite de cette intéressante exposition peut se compléter – au sein du bâtiment historiquel’ « Hôtel de Maître de Gaiffier d’Hestroy et de Tamison », édifié vers 1730-1745 – par une (re)découverte des collections permanentes :  le « Trésor d’Oignies »du frère Hugo (1178- 1240)  et de son atelierun joyau d’orfèvrerie du XIIIè siècleles 32 pièces qui le composent ayant été classées, en 2010, comme « Trésor de la Communauté française », ce « Trésor »  ayant connu un exceptionnel succès lors de sa récente exposition au « Musée de Cluny »à Paris  ; les peintures du paysagiste mosan, né à Bouvignes, Henri Bles (vers 1500-après 1550) ; sans oublier, au 1er étagedes sculptures du XIIè au XVIè siècle.

Ouverture du « TreM.a » : jusqu’au dimanche 15 mars, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant l’accès aux collections permanentes) : 8€ (4€, pour les étudiants, chaque membre d’un groupe & dès 65 ans/0€, pour les moins de 12 ans & les « Art.27 »). Carnet du Visiteur (édité par laProvince de Namur/Cédric Lamonde-Boulet &Aurore Carlier/broché/ 64 p.) : 10€Catalogue (édité par la                    « SCAN »/sous la coordination d’Aurore Carlier/cartonné/320.) : 45 €Contacts : 081/77.65.79 & accueil.maan@province.namur.beSites web : https://www.museedesartsanciens.be/evenements/marche-sur-meuse/ & https://lasan.be/.

Yves Calbert