L’analyse des eaux usées très révélatrice de la consommation de drogues en Belgique
L’analyse des eaux usées très révélatrice de la consommation de drogues en Belgique
La consommation des drogues en Belgique répertoriée grâce à une analyse des eaux usées.
En 2025, Sciensano a réalisé, pour la première fois, une surveillance nationale à grande échelle des drogues dans nos eaux usées. Du 24 au 30 mars 2025, des échantillons d’eaux usées ont été prélevés dans 17 stations d’épuration des eaux usées en Flandre, en Wallonie et en Région de Bruxelles-Capitale. Ensemble, ces stations couvrent une grande partie de la population belge. Sur ces échantillons, des analyses ont été réalisées pour estimer l’utilisation, entre autres, de : cocaïne, MDMA (Ecstasy), amphétamine (speed), méthamphétamine et kétamine. Les résultats donnent une image objective et complémentaire à d’autres sources de données de la consommation des drogues en Belgique.
Depuis 2020, Sciensano coordonne la surveillance des eaux usées en Belgique. Pendant la crise du COVID-19, l’institut a commencé par la surveillance du SARS-CoV-2, qui a ensuite été étendue à la grippe, au virus respiratoire syncytial (VRS), à la poliomyélite et désormais, aux drogues. Cette méthode fournit des informations rapides et fiables, est non invasive, d’une meilleure efficience, facilement modulable lors de crises et respecte la vie privée puisqu’elle ne collecte aucune donnée individuelle.
Informations objectives et complémentaires
L’analyse des drogues dans les eaux usées permet de détecter l’utilisation de substances psychoactives sur la base de substances chimiques résiduelles présentes dans les eaux usées. Contrairement aux enquêtes, cette méthode ne dépend pas d’un auto-rapportage et n’est donc pas influencée par des biais sociaux ou de sélection (échantillon représentatif). “Il s’agit d’une mesure scientifique, qui nous donne des informations que nous ne pourrions pas obtenir, ou difficilement, avec d’autres sources de données. Cette méthode donne une idée objective des substances qui circulent réellement et qui sont consommées par la population. Elle nous permet également d’atteindre des groupes que nous manquons souvent dans les enquêtes, comme par exemple les adolescents et les personnes stigmatisées”, explique Maarten Degreef, expert en drogues chez Sciensano.
Partie intégrante d’une stratégie de surveillance plus large
Traditionnellement, la consommation de drogues dans la population est étudiée par des enquêtes, des enregistrements hospitaliers ou encore des chiffres de la police. Les résultats de cette première analyse nationale des drogues dans les eaux usées complètent ainsi ces données existantes afin d’avoir une idée plus complète de la consommation des drogues en Belgique.
En plus de donner des informations complémentaires précieuses, la surveillance des drogues dans les eaux usées nous aide également à mieux comprendre des phénomènes anciens et nouveaux. « La campagne nationale de 2025 constitue une référence. Cette surveillance a été élaborée comme une initiative revenant chaque année, afin de pouvoir suivre les tendances en Belgique dans le temps et dans l’espace. Ces analyses ont fait l’objet d’une standardisation internationale, afin que les résultats puissent être comparés entre les régions, entre les pays et au cours de différentes années », ajoute Maarten Degreef.
Pour le projet, Sciensano collabore avec l’université d’Anvers qui, en tant que membre du réseau SCORE (Sewage analysis core group Europe), participe à la surveillance des eaux usées en Europe effectuée par l’Agence de l’Union européenne sur les drogues. Des collaborations existent également avec la Société publique de gestion de l’eau (SPGE) et avec les Organismes d’assainissement agréés (OAA) pour les prélèvements effectués en Wallonie, Aquafin pour les prélèvements effectués en Flandre, Hydra pour la station d’épuration de Bruxelles-Midi et Aquiris pour celle de Bruxelles-Nord.
Constatations principales pour chaque drogue
L’analyse montre des différences entre les régions et entre les stations d’épuration qui desservent les grandes agglomérations urbaines. Pour certaines substances, des valeurs normalisées plus élevées ont été constatées dans les stations qui desservent notamment certaines parties d’Anvers, de Bruxelles et de Liège. Ces différences peuvent être liées à des caractéristiques urbaines telles que la densité de population, la mobilité, la vie nocturne ou la population étudiante.
Il s’agit de valeurs standardisées pour 1 000 habitants au niveau d’une station d’épuration, qui couvre souvent plusieurs communes. Les chiffres ne permettent pas de tirer des conclusions sur la consommation individuelle, le nombre d’utilisateurs ou les quantités exactes, et ne constituent pas un classement des villes ou des communes. Ils donnent une image des tendances au niveau de la population pendant une semaine de mesure.
Cocaïne
Son utilisation est généralisée en Belgique et elle a été trouvée dans toutes les stations.
Sa consommation est plus élevée le week-end que pendant la semaine, ce qui indique qu’elle est probablement liée à la vie festive et nocturne.
MDMA (xtc)
Les concentrations augmentent clairement vers la fin du week-end. Cela confirme le fait que la MDMA est principalement une drogue consommée dans la vie nocturne.
Consommation plus importante en Flandre et à Bruxelles qu’en Wallonie.
Amphétamine (speed)
Utilisation clairement plus élevée en Flandre que dans le reste du pays.
Les tendances journalières diffèrent fortement selon la région, ce qui indique des formes de consommation différentes (régulières versus occasionnelles).
Cathinones de synthèse (3-MMC et 4-MMC)
Les 4-MMC n’ont pas été détectées et les 3-MMC l’ont été dans 2 des 17 stations d’épuration.
Ceci infirme les suppositions d’autres études qui suggèrent une augmentation de leur utilisation. Grâce à cette méthode analytique, nous en avons à présent la preuve évidente.
Ces résultats indiquent un glissement sur le marché de la drogue.
Méthamphétamine
Même si son utilisation reste limitée, elle a quand même été détectée dans environ la moitié des installations. Fait frappant : exclusivement en Flandre et à Bruxelles.
L’analyse des eaux usées est actuellement une des seules sources permettant de suivre l’évolution de la consommation de méthamphétamine.
Kétamine
A été détectée dans presque toutes les stations ; la consommation de cette drogue est désormais largement répandue contrairement à la situation d’il y a cinq ans.
Cela confirme des signaux antérieurs d’augmentation de sa consommation, tant dans la vie nocturne qu’en dehors.
Crack
Contrairement à l’image donnée par les médias et à la perception du public, l’analyse des eaux usées confirme que la consommation de crack ne se limite pas à la capitale mais est répandue dans tout le pays.
De la surveillance à l’alerte précoce
Les résultats de la campagne de surveillance de 2025 confirment d’une manière analytique ce que des enquêtes précédentes indiquaient déjà et ils jettent un regard nouveau sur des phénomènes spécifiques. Pour tirer un maximum de ces données précieuses, des mesures répétées sont nécessaires durant la même période de l’année. Cela permet à Sciensano de suivre rigoureusement les évolutions dans la consommation des drogues et de suivre les tendances sur plusieurs années. Cela permet également d’évaluer l’impact des mesures politiques ou des développements internationaux.
“A l’avenir, nous pourrions étendre davantage la surveillance, par exemple en y reprenant plus de stations d’épuration ou de dates de mesure au cours de l’année. A contrario, nous pourrions aussi miser sur la détection rapide de phénomènes très locaux”, explique Maarten Degreef. En règle générale, la poursuite du développement de cette stratégie de surveillance contribuera à une meilleure préparation. Les marchés de la drogue sont extrêmement changeants et liés à des développements internationaux. Des instruments comme la surveillance des eaux usées sont essentiels pour contribuer à une meilleure compréhension de ces changements, les signaler à temps et prendre les mesures adéquates pour limiter leur impact sur la santé et sur la société.
Les personnes qui ont des questions sur l’usage de drogues ou qui cherchent de l’aide ou des informations peuvent contacter Infor Drogues : https://infordrogues.be/
Plus d’informations sur la surveillance des eaux usées réalisée par Sciensano : https://www.sciensano.be/fr/surveillance-epidemiologique-dans-les-eaux-usees
Consultez le tableau de bord (le mot de passe est disponible sur demande)
https://wastewater.sciensano.be/dashboard/drugs/fr/
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