Les sphères en mouvement : la poésie mécanique de Pol Bury
Au détour d’une place élégante bordée d’immeubles modernistes, surgit une forêt métallique aux reflets d’acier. Des colonnes cylindriques s’élèvent vers le ciel, chacune coiffée d’une sphère parfaitement polie. À première vue, l’ensemble semble immobile, presque solennel. Pourtant, l’œuvre vit.
La fontaine repose sur un principe cher à Pol Bury : le mouvement lent. Les sphères, mues par un mécanisme discret, pivotent imperceptiblement. Ce déplacement presque hypnotique capte la lumière, reflète les arbres dénudés, les façades environnantes et les passants surpris d’apercevoir leur silhouette déformée. L’eau, lorsqu’elle coule, ajoute une dimension sonore douce et régulière, transformant l’espace urbain en une scène contemplative.
Loin d’une fontaine traditionnelle jaillissante et spectaculaire, celle-ci joue la carte de la subtilité. Elle invite à ralentir, à observer, à ressentir le temps qui passe. Le contraste entre la rigidité des colonnes et la fluidité du mouvement des sphères crée une tension poétique. L’acier froid devient presque organique sous l’effet de la lumière changeante du jour bruxellois.
Implantée dans le quartier européen, l’œuvre dialogue avec l’architecture institutionnelle environnante. Elle humanise l’espace, introduit une respiration artistique dans un décor souvent perçu comme administratif. C’est une sculpture-fontaine qui transforme une simple place en expérience sensorielle.
À la fois minimaliste et spectaculaire, stable et mouvante, cette création incarne parfaitement l’esprit de l’art cinétique : un art où le mouvement, même discret, devient émotion.
Photo Félicien THIRY

