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À Jette, la Fontaine de l’Homme-Poisson veille… et personne ne sait vraiment pourquoi

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Il suffit d’un instant d’inattention en marchant sur l’Avenue de l’Exposition pour que l’étrange surgisse. Là, au milieu du quotidien, entre les pas pressés et les conversations ordinaires, se dresse une silhouette que rien ne prépare à rencontrer : la mystérieuse Fontaine de l’Homme-Poisson. Elle n’est pas simplement posée dans le paysage urbain — elle semble y avoir émergé, comme si le sol lui-même avait cédé pour laisser remonter une créature venue d’un autre âge.

Son torse humain tendu vers l’avant, son corps fusionné à l’univers marin, son regard fixe qui semble percer l’air… tout chez lui évoque un instant suspendu. On dirait qu’il vient d’être surpris au moment exact où il franchissait la frontière entre deux mondes. Est-il en train de sortir de l’eau ? Ou sur le point d’y replonger ? Impossible à dire. Et c’est précisément ce doute qui captive.

HOMME1L’œuvre, façonnée en 1995 par le sculpteur Le Prince Eric, possède cette rare qualité que seuls certains monuments atteignent : une présence. Pas seulement visuelle, mais presque physique. Les passants ressentent quelque chose sans toujours pouvoir le nommer. Certains ralentissent instinctivement. D’autres tournent autour, comme pour vérifier qu’il ne va pas bouger. Car oui — face à lui — l’illusion est troublante : l’Homme-Poisson ne paraît pas figé. Il paraît contenu.

HOMME3Quand l’eau coule, elle ne se contente pas d’orner la scène : elle devient décor vivant. Les reflets glissent sur le bronze comme des écailles mouvantes. La lumière du jour révèle ses détails sculptés avec précision ; la nuit, sous les halos urbains de Bruxelles-Capitale, son expression change radicalement. Les ombres creusent ses traits, accentuent son mystère, et soudain la statue ressemble moins à une œuvre… qu’à un gardien silencieux.

Certains habitants racontent qu’il porte chance. D’autres disent qu’il protège le quartier. Quelques rêveurs affirment même qu’il symbolise l’esprit caché de la ville : moitié rationnel, moitié fantastique. Vérité ou imagination ? Peu importe. L’Homme-Poisson ne répond pas. Il se contente d’observer, immobile, tandis que les saisons passent, que les visages changent, que la ville évolue autour de lui.

Ce qui fascine, c’est qu’il n’impose aucune explication. Il laisse chacun inventer la sienne. Pour les enfants, c’est un personnage de conte. Pour les artistes, une énigme esthétique. Pour les photographes, un décor dramatique parfait. Pour les passants distraits, une surprise. Mais pour ceux qui prennent le temps de le contempler vraiment… il devient autre chose : une question ouverte, sculptée dans le métal et l’eau.

Et peut-être est-ce là son véritable secret : il n’est pas seulement une fontaine.
Il est une histoire qui n’a jamais été racontée — et qui attend toujours son narrateur.

Photos Félicien THIRY