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Bruxelles en crise : le Premier ministre promet des miracles en cinq ans

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« Je ferais des miracles » : quand le Premier ministre belge promet de “réparer” Bruxelles en cinq ans

Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Union européenne, cristallise depuis des années les débats politiques, budgétaires et institutionnels du pays. Endettement croissant, gouvernance fragmentée, insécurité perçue, infrastructures vieillissantes : les défis sont nombreux. Dans ce contexte tendu, les récentes déclarations du Premier ministre belge, Bart De Wever, ont provoqué de vives réactions. Affirmant qu’il pourrait « faire des miracles » et remettre Bruxelles sur pied en cinq ans s’il en avait les pleins pouvoirs, le chef du gouvernement relance un débat sensible : celui de la gestion de la Région bruxelloise et de ses structures.

Une promesse choc qui fait réagir

Interrogé par plusieurs médias francophones à l’occasion du premier anniversaire de son gouvernement, Bart De Wever n’a pas mâché ses mots. Selon lui, la situation financière et administrative de Bruxelles est avant tout le résultat d’une mauvaise organisation et d’une dispersion des moyens. « Avec carte blanche, je ferais des miracles à Bruxelles en cinq ans, et avec moins d’argent », a-t-il affirmé, mettant directement en cause la multiplication des niveaux de pouvoir et la gestion actuelle de la capitale.

La déclaration, volontairement provocatrice, s’inscrit dans une stratégie politique bien connue du Premier ministre : celle de la fermeté budgétaire et de la réforme institutionnelle. Elle a toutefois suscité des réactions contrastées, notamment du côté des responsables bruxellois, qui dénoncent une vision simpliste d’une réalité urbaine complexe.

Bruxelles, une gouvernance éclatée et coûteuse

Au cœur du discours de Bart De Wever se trouve une critique récurrente : la structure institutionnelle de Bruxelles. La Région compte 19 communes, chacune disposant de son bourgmestre, de son collège et de son administration. À cela s’ajoutent le gouvernement régional, les commissions communautaires et de nombreux organismes parapublics.

Pour le Premier ministre, cette architecture est obsolète et inefficace. Elle aurait été conçue pour une autre époque, lorsque Bruxelles comptait moins d’habitants et faisait face à des enjeux bien différents. Aujourd’hui, selon lui, cette fragmentation entraîne des doublons administratifs, une dilution des responsabilités et une mauvaise utilisation des fonds publics.

Il souligne également que, contrairement à une idée répandue, Bruxelles n’est pas une région pauvre. D’importants flux financiers y circulent, notamment grâce à son rôle international. Le problème ne serait donc pas le manque d’argent, mais la manière dont il est dépensé.

L’exemple d’Anvers comme modèle revendiqué

Pour appuyer ses propos, Bart De Wever met en avant son expérience passée en tant que bourgmestre d’Anvers. Lorsqu’il prend la tête de la ville en 2013, Anvers est lourdement endettée, au point d’être considérée comme la commune la plus endettée de Flandre. Une décennie plus tard, la dette municipale est entièrement résorbée.

Selon le Premier ministre, ce redressement est le fruit d’une discipline budgétaire stricte, d’une réorganisation de l’administration et de choix politiques parfois impopulaires mais nécessaires. Il reconnaît que Bruxelles est une métropole plus grande et plus complexe qu’Anvers, mais estime que les principes de bonne gestion restent les mêmes.

Cette comparaison ne convainc toutefois pas tout le monde. Les responsables bruxellois rappellent que la capitale concentre une population plus précaire, une pression sociale plus forte et des missions spécifiques liées à son statut national et international.

Une intervention fédérale juridiquement limitée

Malgré ses déclarations volontaristes, Bart De Wever reconnaît qu’il n’a actuellement aucun levier direct pour agir sur la gestion bruxelloise. La loi spéciale qui régit la Région de Bruxelles-Capitale empêche toute intervention directe du gouvernement fédéral dans son administration.

Le Premier ministre se dit frustré par cette situation. Il affirme que, sans ces contraintes juridiques, il aurait déjà proposé des réformes structurelles. Il va même plus loin en évoquant un scénario dans lequel Bruxelles demanderait un jour une aide financière au fédéral. Dans ce cas, il se verrait bien jouer un rôle comparable à celui du Fonds monétaire international : un soutien conditionné à des réformes profondes, notamment institutionnelles.

Un contexte politique explosif à Bruxelles

Ces déclarations interviennent dans un climat politique particulièrement tendu. Bruxelles est toujours en quête d’un nouveau gouvernement régional, plus de 600 jours après les dernières élections. Les négociations entre partis francophones et néerlandophones peinent à aboutir, illustrant une fois de plus la complexité du paysage politique bruxellois.

Pour certains observateurs, les propos du Premier ministre mettent une pression supplémentaire sur ces discussions. Ils soulignent aussi le fossé croissant entre la vision flamande d’une gestion centralisée et rigoureuse, et la réalité bruxelloise, marquée par la diversité sociale, culturelle et politique.

Entre volontarisme et provocation politique

En affirmant qu’il pourrait « réparer » Bruxelles en cinq ans, Bart De Wever sait qu’il touche un sujet hautement sensible. Ses déclarations relèvent autant de la conviction personnelle que de la stratégie politique. Elles séduisent une partie de l’électorat, lassée par les blocages institutionnels, tout en crispant les responsables bruxellois, qui y voient une remise en cause de l’autonomie régionale.

Reste une question centrale : au-delà des formules chocs, la Belgique est-elle prête à repenser en profondeur la gouvernance de sa capitale ? Le débat est désormais relancé, et Bruxelles, une fois encore, se retrouve au cœur des tensions politiques du pays.