Bruxelles sort enfin de 613 jours de blocage : un accord de gouvernement scelle la “fumée blanche
Après 613 jours d’impasse politique, la Région de Bruxelles-Capitale tient enfin un accord de gouvernement. L’annonce, symbolisée par la traditionnelle “fumée blanche”, met fin à l’une des plus longues crises institutionnelles de l’histoire régionale. Près de vingt mois après les élections de juin 2024, les partis sont parvenus à s’entendre sur une coalition appelée à diriger la capitale belge jusqu’en 2029.
Durant toute cette période, Bruxelles a fonctionné en affaires courantes, avec des budgets provisoires limitant la capacité d’action politique. Si les services publics ont continué à fonctionner, l’absence d’un exécutif de plein exercice a freiné les grandes décisions, notamment en matière de finances, de mobilité et de logement. Cette situation préoccupait autant les milieux économiques que les partenaires institutionnels, dans une ville qui concentre les institutions européennes et de nombreux sièges d’entreprises internationales.
L’accord conclu rassemble sept partis issus des deux groupes linguistiques. Côté francophone, le Mouvement Réformateur (MR), le Parti Socialiste (PS) et Les Engagés composent la base politique de la majorité. Côté néerlandophone, Groen, Vooruit, le CD&V et Open Vld rejoignent la coalition. Cette alliance hétéroclite garantit la double majorité requise au Parlement bruxellois, condition indispensable pour gouverner dans une Région marquée par son équilibre institutionnel délicat.
Au cœur du compromis figure la question budgétaire. La nouvelle majorité s’engage à rétablir l’équilibre des finances régionales d’ici 2029. Le déficit accumulé ces dernières années pèse lourdement sur les comptes publics et limite les marges de manœuvre. Les négociateurs évoquent un effort substantiel, combinant économies structurelles et ajustements fiscaux. L’objectif affiché est de restaurer la crédibilité financière de Bruxelles tout en préservant les investissements essentiels.
La mobilité constitue un autre axe majeur de l’accord. Le plan Good Move, qui avait suscité de vives tensions dans plusieurs communes, sera révisé. Les partenaires promettent une approche plus concertée, adaptée aux réalités locales et attentive aux préoccupations des habitants et des commerçants. La circulation, la sécurité routière et l’accessibilité des quartiers devront être repensées dans un esprit de compromis, afin d’apaiser un débat devenu hautement sensible.
Sur le plan fiscal, la coalition prévoit notamment de renforcer la prime “Be Home”, destinée à alléger le précompte immobilier pour les propriétaires occupant leur logement. Cette mesure vise à soutenir la classe moyenne bruxelloise, confrontée à une pression fiscale importante. Le logement, secteur sous tension dans la capitale, fera également l’objet d’initiatives spécifiques, avec la volonté d’encourager la rénovation et d’améliorer l’offre accessible.
La sécurité et la propreté figurent aussi parmi les priorités annoncées. Les partenaires entendent renforcer la coordination des politiques locales et régionales afin de répondre au sentiment d’insécurité exprimé dans certains quartiers. Des efforts supplémentaires sont envisagés pour lutter contre les incivilités et améliorer la qualité de vie dans l’espace public.
Malgré l’annonce de l’accord, plusieurs éléments restent à finaliser. La répartition précise des portefeuilles ministériels doit encore être arrêtée, tout comme le nom du futur ministre-président. Les équilibres linguistiques et la représentation des différentes sensibilités internes compliquent les arbitrages. La composition définitive du gouvernement sera déterminante pour mesurer la solidité de la coalition.
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre. Dans l’opposition, certains dénoncent une alliance de circonstance rassemblant des partis aux orientations parfois divergentes. D’autres saluent au contraire un compromis nécessaire pour sortir Bruxelles de l’immobilisme. Au niveau fédéral, des voix sceptiques s’interrogent sur la capacité réelle de la nouvelle majorité à atteindre l’équilibre budgétaire annoncé.
Au-delà des critiques, l’accord marque un tournant symbolique. Après près de deux ans d’incertitude, la capitale retrouve un exécutif doté d’un programme politique. Reste à savoir si cette coalition à sept partis saura dépasser ses différences pour mettre en œuvre les réformes promises. L’enjeu est de taille : restaurer la confiance des citoyens, stabiliser les finances et répondre aux défis urbains d’une métropole internationale en constante évolution.
La fumée blanche a dissipé le brouillard institutionnel. Mais pour la nouvelle équipe, le plus difficile commence désormais : transformer un compromis politique en résultats concrets pour les Bruxellois.

