Taxe pour entrer à Bruxelles : la nouvelle bombe politique qui met le feu aux négociations régionales
L’idée n’est encore qu’une piste de travail, mais elle fait déjà beaucoup de bruit. Selon des informations révélées par La Libre Belgique, le formateur bruxellois Yvan Verougstraete envisage l’instauration d’une taxe automobile pour pénétrer dans certaines zones de la capitale aux heures de pointe. Objectif affiché : à la fois décongestionner Bruxelles et contribuer au redressement des finances régionales. Une proposition qui suscite une vive opposition du MR, premier parti à Bruxelles, actuellement écarté des négociations gouvernementales.
Ex-CEO de Medi-Market et chargé de tenter de former une coalition de centre-gauche à Bruxelles, Yvan Verougstraete doit composer avec une situation budgétaire délicate. Selon des fuites relayées dans la presse, son plan viserait à ramener le déficit régional à 248 millions d’euros d’ici 2029. Pour y parvenir, une réduction des dépenses de l’ordre de 1,3 milliard d’euros serait envisagée, accompagnée d’un volet recettes évalué à environ 200 millions d’euros.
Parmi les pistes déjà connues figurent le maintien des primes Renolution, une cure d’austérité pour l’administration bruxelloise et une pause du controversé projet de métro 3. Mais ce mardi, une nouvelle mesure potentielle est venue s’ajouter à la liste : une taxe automobile ciblée, destinée à « réguler l’usage de la voiture dans les zones et aux périodes les plus congestionnées ».
Une taxe aux heures de pointe
Concrètement, la mesure consisterait à faire payer les automobilistes qui entrent dans une zone encore à définir – mais qui inclurait le Pentagone et le centre-ville de Bruxelles – durant les heures de pointe, soit entre 7h30 et 9h le matin, et entre 16h30 et 19h en fin de journée. Chaque passage dans cette zone aux horaires concernés donnerait lieu au paiement d’une taxe, dont le montant et les modalités pratiques restent à préciser.
Cette approche n’est pas sans rappeler le projet de taxe kilométrique intelligente, dite Smartmove, longtemps à l’étude à Bruxelles. Défendue notamment par le ministre bruxellois des Finances Sven Gatz, elle devait rapporter entre 200 et 250 millions d’euros par an. Faute de consensus politique, et notamment face aux réticences du PS et d’Ahmed Laaouej, cette réforme n’a cependant jamais été mise en œuvre.
Le MR monte au créneau
Sans surprise, la nouvelle piste envisagée par le formateur bruxellois fait bondir le MR. Les libéraux dénoncent une mesure qu’ils jugent pénalisante pour les travailleurs et la classe moyenne, et y voient un nouvel exemple d’une politique de taxation excessive.
Sur le réseau social X, le MR ironise : « Mieux que Good Move, des taxes. Les négociateurs réfléchissent à une nouvelle taxe pour pénaliser ceux qui travaillent et qui ont besoin de leur voiture à Bruxelles. Laissons les citoyens travailler et offrons des alternatives crédibles pour la mobilité à Bruxelles. »
La députée bruxelloise Clémentine Barzin fustige quant à elle une accumulation de mesures défavorables : « Fin de la déductibilité des titres-services, taxe auto, retour de l’application stricte de la LEZ… Au lieu de faire diminuer l’appareil public bruxellois obèse, la coalition s’en prend à celles et ceux qui travaillent à Bruxelles. »
Même ton du côté de David Weytsman, chef de groupe MR à la Ville de Bruxelles, qui dénonce « une nouvelle taxe sur les travailleurs en heures de pointe » dans « un pays déjà champion des impôts sur le travail ».
DéFI accuse le MR d’hypocrisie
Mais la riposte ne tarde pas. Sophie Rohonyi, présidente de DéFI et également impliquée dans les discussions, pointe ce qu’elle considère comme une contradiction dans le discours libéral. Selon elle, le MR a lui-même défendu des mécanismes similaires par le passé, évoquant une taxe kilométrique intelligente dans la déclaration de politique régionale de David Leisterh en mai, ainsi qu’une vignette automobile figurant dans une note du formateur Georges-Louis Bouchez en décembre, avec des recettes estimées à 55 millions d’euros par an.
À ce stade, la proposition de taxe automobile n’en est qu’au stade de réflexion. Mais elle illustre déjà les fortes tensions politiques autour de la mobilité et du financement de Bruxelles, dans un contexte budgétaire de plus en plus contraint.


