LectureLoisirs & Culture

Immortal Dark

Vos amis vont adorer — faites-leur découvrir ce contenu !

Il est né une fois.
Il est mort mille fois.
Et pourtant, il est toujours là.

IMMORTAL DARKL’immortalité ne lui a pas été offerte dans un éclat de lumière ou une promesse divine. Elle lui est tombée dessus comme une ombre, sans mode d’emploi, sans fin annoncée. Au début, il a cru à une bénédiction. Les corps autour de lui se fanaient, le sien résistait. Les rides s’invitaient chez les autres, jamais chez lui. Le temps, ce prédateur universel, semblait l’ignorer. Il souriait. Il gagnait toujours.

Puis il a compris.

Les années ont cessé d’être des marches pour devenir des couches. Elles s’empilaient dans sa mémoire, lourdes, poisseuses, impossibles à effacer. Chaque siècle laissait un goût différent : le fer du sang, la cendre des villes brûlées, le parfum des amours trop courtes. Il a appris toutes les langues, puis il les a oubliées. Il a vu naître des empires et mourir des idéaux. Il a enterré des enfants qui auraient dû l’enterrer lui.

La nuit est devenue sa complice. Le jour lui rappelait trop ce qu’il ne pouvait plus être. Dans l’obscurité, il se fondait mieux. Son regard avait changé : trop calme pour être humain, trop fatigué pour être vivant. Il marchait parmi les hommes comme un acteur qui aurait oublié la fin de la pièce. Il imitait leurs gestes, leurs émotions, leurs espoirs. Il riait quand il le fallait. Il pleurait rarement — les larmes finissent par se tarir quand on en a trop versé.

Il a aimé. Intensément. Follement. Mal.
Car aimer quand on est immortel, c’est signer un contrat à durée déterminée avec la douleur. Chaque relation devenait un compte à rebours silencieux. Il observait les premiers cheveux blancs, les mains qui tremblaient, les souffles plus courts. Il mentait en disant “pour toujours”, sachant très bien que ce mot ne signifiait pas la même chose pour eux et pour lui.

Alors il a appris à partir avant la fin.
À disparaître proprement.
À devenir un fantôme volontaire.

Mais même les fantômes accumulent des souvenirs. Les visages revenaient la nuit, alignés comme une procession silencieuse. Certains lui souriaient encore. D’autres le regardaient avec reproche. Tous lui rappelaient la même vérité : il survivait à tout, sauf à lui-même.

La noirceur n’était pas un choix. Elle était une conséquence. Quand on voit trop, quand on sait trop, l’innocence devient un luxe inaccessible. Il ne croyait plus aux sauveurs, ni aux lendemains meilleurs. Il croyait à la répétition. À la chute cyclique des civilisations. À la fragilité chronique de l’humanité. Et pourtant, malgré tout, il continuait à veiller. À observer. À parfois intervenir, discrètement, presque honteusement, comme s’il cherchait encore une raison de rester.

Car au fond de cette obscurité persistait une braise.
Infime. Ridicule. Indestructible.

L’espoir.
Pas celui des discours ou des révolutions. Un espoir fatigué, cabossé, mais tenace. L’idée qu’un jour, peut-être, il trouverait quelqu’un qui comprendrait. Ou une fin qui accepterait de venir. Ou simplement un sens à cette éternité qui le rongeait.