Ailsa Craig, l’île de granit qui fait glisser l’histoire du curling
Sport emblématique des Jeux olympiques d’hiver, le curling intrigue et captive dès qu’une rencontre apparaît à l’écran. Souvent comparé à une « pétanque sur glace », il séduit par son rythme lent, sa précision extrême et la chorégraphie presque hypnotique des joueurs balayant la glace. Derrière cette apparente simplicité se cache pourtant l’un des sports d’hiver les plus anciens et les plus populaires des Jeux.
Les racines du curling plongent profondément dans l’histoire. Dès le XVIᵉ siècle, l’Écosse s’impose comme le berceau de cette discipline singulière. Pratiqué à l’origine sur des étendues d’eau gelées, le curling se structure progressivement avant d’être officiellement codifié en 1838 à Édimbourg par le Grand Club Caledonian. Les règles modernes posent alors les bases d’un sport où stratégie, précision et esprit d’équipe sont essentiels.
Concrètement, deux équipes s’affrontent, chacune disposant de huit pierres. Les joueurs les lancent à tour de rôle sur une piste de glace soigneusement préparée, tandis que leurs coéquipiers balaient la surface en amont de la trajectoire. Ce balayage permet d’influencer la vitesse et la direction de la pierre. Les points sont attribués selon la proximité des pierres par rapport au centre de la cible, appelée la « maison ». Après huit à dix manches, l’équipe ayant accumulé le plus grand nombre de points remporte la partie.
Mais ce qui rend le curling véritablement unique, ce sont ses pierres. À la fois massives et élégantes, elles obéissent aujourd’hui à des normes très strictes : un poids compris entre 17,24 et 19,96 kilos, poignée incluse, et une hauteur maximale de 114 millimètres. Leur forme arrondie et leur poignée colorée sont devenues des symboles immédiatement reconnaissables du sport.
Toutes les pierres de curling utilisées en compétition internationale et olympique proviennent d’un lieu unique et presque mythique : Ailsa Craig. Cette petite île écossaise, surgie de l’océan à la suite d’anciennes éruptions volcaniques, offre un granit d’une qualité exceptionnelle. Si le granit est présent un peu partout dans le monde, celui d’Ailsa Craig est considéré comme l’un des plus durs et des plus purs qui existent.
Ce matériau rare possède une propriété essentielle : il résiste parfaitement à l’humidité, à la condensation et aux variations de température de la glace. Il conserve sa forme et ses qualités de glisse malgré les chocs répétés, garantissant une régularité indispensable au plus haut niveau de compétition. C’est pour cette raison que, depuis des générations, rien ne remplace le granit d’Ailsa Craig dans l’univers du curling.
Ainsi, à chaque lancer, les athlètes ne font pas seulement glisser une pierre sur la glace : ils propulsent un fragment d’histoire écossaise, taillé dans une île légendaire, au cœur même des Jeux olympiques d’hiver.

