Au “KMSKA”, jusqu’au 22 Février : “Magritte. La Ligne de Vie”
« Pour moi, le surréalisme est une attitude, un état d’esprit. Avant d’être un courant esthétique, c’est un mouvement philosophique, poétique et politique » (Xavier Canonne).
« Tout dans mon œuvre est issu du sentiment de certitude que nous appartenons, en fait, à un univers énigmatique » (René Magritte).
Accessible jusqu’au dimanche 22 février, à 18h, au « KMSKA » (« Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen »), l’exposition temporaire « Magritte. La Ligne de Vie » rassemble une sélection d’œuvres emblématiques couvrant l’ensemble de sa carrière.
- Lisons ce qu’écrivent les commissaires & le directeur du « KMSKA » :
– Lisa van Gerven, commissaire du « KMSKA » : « Avec ‘Magritte. La Ligne de Vie’, nous ne voulions pas créer une exposition ordinaire, mais un véritable dialogue poétique entre mot et image. Sa voix résonne à nouveau parmi ses œuvres, et les paroles de sa conférence de 1938 révèlent la pensée qui sous-tend ces images. Les visiteurs pénètrent ainsi dans l’esprit de Magritte, à un moment décisif de sa carrière, juste avant la Seconde Guerre mondiale. »:
– Xavier Canonne, commissaire de cette exposition, directeur du « Musée de la Photographie de Charleroi », déjà commissaire, en 2024, à « Bozar », de l’expo « Histoire de ne pas rire. Le Surréalisme en Belgique » : « Dans l’exposition, les visiteurs découvrent comment Magritte a façonné pas à pas son langage visuel. Sa conférence révèle que ce chemin n’était pas linéaire, mais une véritable quête, parfois même une lutte avec ses thèmes. La sélection d’œuvres présentée met en lumièreses obsessions et les motifs récurrents qui l’ont marqué : la pomme, les nuages, les perspectives, les bilboquets, … » De son côté, Luk Lemmens, président du « KMSKA », nous confie : « Il est significatif que Magritte ait choisi Anvers pour présenter la conférence la plus emblématique de sa carrière. Un an plus tôt, il avait rencontré Marcel Mariën, jeune Anversois de 17 ans : cette rencontre fut une véritable étincelle, déclenchant un enthousiasme réciproque. Aux côtés d’artistes tels que Léo Dohmen, Gilbert Senecaut et Roger Van de Wouwer, Marcel Mariën deviendra par la suite l’instigateur du surréalisme anversois. »
– De son côté, Luk Lemmens, président du « KMSKA », nous confie : « Il est significatif que Magritte ait choisi Anvers pour présenter la conférence la plus emblématique de sa carrière. Un an plus tôt, il avait rencontré Marcel Mariën, jeune Anversois de 17 ans : cette rencontre fut une véritable étincelle, déclenchant un enthousiasme réciproque. Aux côtés d’artistes tels que Léo Dohmen, Gilbert Senecaut et Roger Van de Wouwer, Marcel Mariën deviendra par la suite l’instigateur du surréalisme anversois. »

« Le Bain de Cristal » (René Magritte/1946/Collection privée) © Photo : Photothèque R. Magritte © « Adagp »/Paris
- Echos de la conférence de René Magritte :
Cette conférence de 1938, prononcée par René Magritte (1898-1967), organisée au « KMSKA », demeure mémorable, nous ayant dévoilé les origines du langage visuel iconique de cet exceptionnel artiste, originaire de Lessines.
Grâce à l’Intelligence artificielle, elle nous est restituée, en entier, au sein d’une très petite salle, sise en fin de parcours, des diapositives originales, noir & blanc, étant projetées (36′), comme elles le furent à l’époque, au sein de même musée, alors que, dans les différentes salles, des extraits, écrits & sonores de sa conférence nous sont restitués, nous donnant l’impression d’être guidés par l’artiste lui-même.
Au cours de sa vie, ce surréaliste belge ne s’est exprimé en public sur son œuvre qu’à trois reprises. La conférence donnée au « KMSKA » fut la plus aboutie : elle offre un aperçu précieux de ses réflexions et marque un tournant majeur dans son parcours artistique.

« La Saveur des Larmes » (René Magritte) © « Artcurial » © « Adagp »/Paris
Rarement enclin à commenter son art, René Magritte y livrait une réflexion introspective sur son processus créatif, apportant une clarté inédite à son œuvre, dévoilant le processus évolutif qui nourrit ses œuvres emblématiques.
Cette conférence – tournant décisif, tant pour sa carrière que pour la scène artistique anversoise – commençait par un souvenir de son enfance : la découverte de la magie propre à la peinture, un émerveillement qui l’accompagnera toute sa vie. Sa carrière devient dès lors une exploration incessante de ce mystère, le conduisant de l’abstraction futuriste à une figuration plus plane, tout en jouant avec l’image, le langage et desassociations aussi surprenantes qu’énigmatiques. Magritte précisait, également, qu’il structurait sa création autour de questions récurrentes, de véritables « problèmes » : la femme, la fenêtre, la porte, … autant de thèmes que l’exposition met en lumière.

« Ceci n’est pas une Pomme » (René Magritte) © Succession René Magritte/« SABAM »
Ainsi, près de neuf décennies plus tard, la présente exposition fait revivre cette intervention exceptionnelle. Portée par ses propres mots, « Magritte. La Ligne de Vie » donne à voir l’artiste sous son aspect le plus personnel & introspectif, une occasion unique de plonger au cœur de son imaginaire.
Dans la première salle, nous notons l’assurance du futurisme sur ce jeune artiste wallon, qui s’efforça de capter le mouvement & l’énergie, s’inscrivant dans une esthétique exaltant la vitesse, la puissance & la modernité, alors qu’ il déclara, dans sa conférence : « Je ne crois pas avoir été un futuriste bien orthodoxe, car le lyrisme que je voulais conquérir avait un centre invariable, sans rapport avec le futurisme esthétique. »

A l’avant plan « Fantomas », avec une rose à la main droite, en place d’un glaive © Photo : « KMSKA »
Pleinement conscient des bouleversements de son époque, pour René Magritte le surréalisme devient un outil de dénonciation de l’absurdité des tensions politiques. De fait, dès ses débuts, ce mouvement artistique s’est enraciné dans une réflexion politique et anti-bourgeoise, s’exprimant par un art à la fois provocateur, expérimental, mais, aussi, empreint d’humour.
Soulignons que l’intérêt de René Magritte pour le surréalisme naquit de sa découverte du« Chant d’Amour » (1911) de l’artiste italien Giorgio de Chirico (1888-1978), l’amenant à dire :« Cettepoésie triomphante a remplacé l’effet stéréotypé de la peinture traditionnelle. C’est la rupture complète avec les habitudes mentales propres aux artistes prisonniers du talent, de la virtuosité et de toutes les petites spécialités esthétiques. Il s’agit d’une nouvelle vision où le spectateur retrouve son isolement et entend le silence du monde. »

« Chant d’Amour » (Giorgio De Chirico) © « Sabam Belgique 2024 »
Concernant les titres qu’il donne à ses oeuvres, notons ce qu’il écrivit : « Un lien entre un objet et son nom n’a rien d’inattendu, remettant en question la certitude du langage », ainsi dans une de ces peintures il écrit « la lune », sous une chaussure ; le désert, sous un marteau ; le plafond, sous un chapeau boule, …
Il peut donner vie à des objets, comme cette chaussure en cuir qu’il peint avec des doigts de pieds en pointes des deux chaussures, l’intitulant : « Le Modèle rouge », cette toile ayant fait la couverture, en 1945, de la deuxième édition du « Surréalisme et la Peinture », d’André Breton (1896-1966).
« Le Modèle rouge » (René Magritte) © Succession René Magritte/« SABAM »
Notons les particularités de sa toile « Le Viol », où au sein d’un visage féminin, René Magritte a remplacé les yeux par une paire de sein, le nez par un nombril et la bouche par un pubis.

« Le Viol » (René Magritte) © Succession René Magritte/« SABAM »
Quant à la dernière de ses oeuvres exposée, elle nous révèle deux femmes-poissons, l’une avec un corps de femme au-dessus de la ceinture & de poisson en-dessous, la seconde femme-poisson inversant cette représentation.

« Le Rêve de l’Androgyne » (René Magritte) © Succession René Magritte/« SABAM »
En conclusion, évoquons le propos de Carmen Willems, directrice générale du « KMSKA ». « L’unicité de cette exposition réside dans l’expérience qu’elle nous offre : pénétrer dans l’univers de Magritte, à travers ses propres mots et sa voix. Grâce à l’intelligence artificielle, la lecture originale de 1938 renaît au musée, accompagnée des œuvres qu’il évoquait. Une rencontre d’une rare intensité avec l’artiste.
Quant à René Magritte, il termina sa conférence par cette phrase: « Notre bonheur dépend lui aussi d’une énigme attachée à l’homme et que
notre seul devoir est d’essayer de la connaître. »
- « Ecole anversoise de Surréalisme » :
Au sortir des salles consacrées aux oeuvres de René Magritte, nous pouvons nous asseoir, afin d’assister à la projection, en boucle, de l’un des seuls films surréalistes, « L’Imitation du Cinéma » (40′), unique réalisation cinématographique, tournée en, 16 m/m, de l’artiste belge Marcel Marïen (1920-1993), qui, suite à sa projection, en 1960, à Bruxelles, au « Palais des Beaux-Arts », fit scandale, pour son contenu blasphématoire, menant à sa censure, en Belgique et en France.

Film surréaliste : Tom Gutt dans « L’Imitation du Cinéma » (Marcel Marïen/1960)
A noter que cette dernière salle de « Magritte. La Ligne de Vie » nous présente une sélection d’œuvres du « Groupe scaldien », à savoir de jeunes artistes de cette époque, tels Léo Dohmen (1929-1999), Marcel Mariën (1920-1993), Gilbert Senecaut (1925-1997) & Roger Van de Wouwer (1933-2005), qui s’emparèrent des idées de René Magritte, les prolongeant à travers le collage, la poésie, la photographie, voire des associations d’images audacieuses, ce qui fut à l’origine du surréalisme anversois.
Ainsi, parmi ses témoignages de ce que l’on appela l’ « Ecole anversoise de Surréalisme », dans cette ultime salle, nous trouvons divers objets, dont « L’Introuvable » (1937), une « paire » de lunettes, avec un seul verre, également due à Marcel Marïen, ainsi que des dessins & peintures surréalistes, dont « Galathée », de Roger Van de Wouver , une oeuvre qui fut censurée, une serviette hygiénique usagée y étant représentée, René Magritte n’étant pas oublié pour autant, un téléviseur nous présentant « Une Journée à Antwerpen » (01’10 »), l’un de ses courts métrages, qu’il réalisa en 8m/m noir & blanc, ses proches, dont son épouse, Georgette (née Berger/1901-1986) & … leur chien, Jacky, y évoluant.
- Catalogue :
Avis aux personnes s’intéressant à René Magritte : un superbe catalogue, toujours disponible en français, nous permet d’emporter chez nous, les photos de nombre d’oeuvres de Collections privées, qui ne seront sans doute plus jamais réunies dans une seule & même exposition.
Ouverture :jusqu’au dimanche 22 février, ce jeudi, de 10h à 22h, ce vendredi, de 10h à 17h, ces samedi & dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant l’accès à la Collection permanente & à toute autre exposition) : 20€ (10€,pour les moins de 26 ans / 0€,pour les moins de 18 ans, un accompagnateur d’une personne en situation de handicap & les détenteurs du « museumPASSmusées »). Catalogue (Xavier Canonne, Adriaan Gonnissen, Leo Peeters, Lisa van Gerven & Dennis Van Mol/Ed. « Ludion » & « KMSKA »/2025) : 39€50. Boutique : 0470/82.06.01. Contacts : 03/224.73.00 (du lundi au vendredi, de 10h à 12h). Site web : https://kmska.be/nl/.
- James Ensor :
A peine avoir terminé notre visite, une excellente initiative du « KMSKA », celle de nous nous permettre d’admirer « L’Intrigue » (1890), de James Ensor (1860-1949), avec ses personnages masqués, typiques du monde de l’artiste ostendais, nous souriant, nous invitant à (re)découvir une trentaine de ses oeuvres, dont « Le Salon bourgeois » (1881) & « La Mangeuse d’Huîtres » (1882), ainsi que son éventail en nacre, le « KMSKA » étant le musée qui possède de plus grand nombre des ses créations.

« L’Intrigue » ( James Ensor/1890) © « KMSKA »
Prêtés par le Gouvernement de la Communauté flamande, nous découvrons, également, deux dessins de James Ensor, copiant des créations de Francisco de Goya, dont 14 gravures sont exposées, nous rappelant que nous venons de vivre « Europalia Espana » & sa principale exposition, « Luz y Sombra. Goya et le Réalisme espagnol », à « Bozar ».
- « La Chute de la Citadelle d’Albe : Image et Mémoire en temp de Turbulence » :
Cette seconde exposition temporaire, accessible jusqu’au dimanche 17 mai, nous présente un tableau, récemment restauré, de la collection permanente du « KMSKA » représentant, en 1577, la démolition de cette Citadelle d’Antwerpen, qui avait été construite sur l’ordre du duc d’Albe, afin d’abriter les soldats du roi d’Espagne.

« La Chute de la Citadelle d’Albe : Image et Mémoire en temp de Turbulence » © Photo : « KMSKA »
Présentée dans l’atelier d’impression, au troisième étage (emprunter l’ascenseur C, différent de celui, le B, nous permettant d’accéder au 1er étage), l’expo qui entoure ce tableau explorant plus en profondeur comment la Citadelle – construite, démolie et reconstruite – était un symbole de lutte et de pouvoir, et comment l’art a été utilisé pour raconter son histoire. Des peintures aux estampes en passant par les plaques : chaque image porte un message, une perspective, une vérité.
Outre une pierre exposée, provenant de la Citadelle, des photos témoignent que durant les travaux de rénovation du « KMSKA », des vestiges de cette Citadelle furent mis à jour dans les sous-sols du musée.
- « Studio Rubens » :
De retour dans le bâtiment principal du musée, notons la présence d’un « Studio Rubens », au sein de l’impressionnante « Salle Rubens », soulignant que nous pouvons, jusqu’au mercredi 01 septembre 2027, être les témoins dune phase de la restauration du tableau « L’Adoration des Mages » (vers 1617-1618), dû à Pieter Paul Rubens (1577-1640).
Yves Calbert.
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