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Bruxelles, nuisances aériennes et sommeil perturbé

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« Bruxelles sous le bruit : quand les avions perturbent la vie des habitants »

Depuis le début de l’année 2026, les habitants du nord et de l’ouest de Bruxelles, notamment dans les communes de Molenbeek, Koekelberg, Jette, Schaerbeek et Haren, sont confrontés à une situation inédite : le survol quasi constant de leur quartier par des avions de ligne. Une nouvelle trajectoire aérienne, baptisée RNP 07, a été mise en place par les autorités de l’aviation, et elle semble avoir provoqué une vague de mécontentement parmi les riverains. Selon plusieurs collectifs citoyens, cette route aérienne engendre des nuisances sonores importantes, perturbant le sommeil, le travail et la vie quotidienne des habitants.

Les témoignages des riverains sont frappants. Dans une lettre ouverte adressée aux autorités régionales et publiée début février, ils décrivent des nuits où ils n’ont parfois que trois heures et demie de sommeil ininterrompu, entre le dernier passage d’un avion à 01h30 et le suivant à 04h48. Les habitants dénoncent également des perturbations dès le début de la matinée, avec un flux d’appareils qui commence dès 06h. Pour beaucoup, cette situation a des conséquences directes sur la santé physique et mentale : troubles du sommeil, stress, anxiété, baisse de concentration et, à terme, risques cardiovasculaires.

Selon les données des stations de mesure du bruit, plus de 90 % des vols sur cette trajectoire dépassent les normes autorisées par la Région de Bruxelles‑Capitale, que ce soit de jour ou de nuit. Ce chiffre choque les associations de riverains, qui estiment que la capitale est traitée comme un simple couloir aérien, sans considération pour la qualité de vie de ses habitants. « Nous ne demandons pas l’arrêt du trafic aérien, mais un équilibre entre mobilité et santé publique », affirment-elles dans leur courrier.

Le problème dépasse le cadre strictement technique. Les collectifs soulignent qu’il existe un manque de consultation démocratique dans la mise en place de cette nouvelle trajectoire. Bien que celle-ci ait été présentée comme temporaire, dans le cadre de travaux à l’aéroport de Bruxelles‑Zaventem, elle est désormais perçue comme quasi permanente. Les citoyens regrettent que les autorités locales, les élus régionaux et les représentants des communes touchées n’aient pas été suffisamment impliqués dans la décision. Pour eux, la question du bruit aérien n’est pas seulement un problème d’ingénierie ou de contrôle du trafic, mais un enjeu politique majeur qui touche à la santé, au bien-être et à la qualité de vie des Bruxellois.

Sur le plan institutionnel, la situation est complexe. Brussels Airport a rapidement précisé qu’il n’était pas responsable des trajectoires aériennes, qui relèvent de Skeyes, le gestionnaire du contrôle aérien en Belgique. Ce dernier s’est pour sa part refusé à commenter la lettre ouverte, évoquant uniquement des considérations techniques et la sécurité du trafic aérien. Quant au Ministre régional de la Mobilité, Jean‑Luc Crucke, il n’a pas encore répondu publiquement aux critiques des habitants, suscitant frustration et inquiétude parmi les riverains.

Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis plusieurs années, le bruit aérien est devenu un enjeu majeur à Bruxelles, avec des discussions récurrentes sur le respect des normes, la limitation des vols de nuit et l’impact environnemental du trafic aérien. Des études ont démontré que l’exposition prolongée à des niveaux sonores élevés peut entraîner des troubles du sommeil, de la concentration et de la santé cardiovasculaire, en particulier chez les enfants et les personnes âgées. La capitale européenne se retrouve donc confrontée à un dilemme : concilier son rôle de plaque tournante aérienne avec la préservation de la qualité de vie de ses habitants.

Les réactions politiques et citoyennes se multiplient. Plusieurs élus locaux ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un mépris des autorités pour le bien-être des Bruxellois, tandis que des pétitions en ligne rassemblent déjà plusieurs milliers de signatures. Les collectifs de riverains appellent à une révision urgente des trajectoires aériennes, avec des mesures concrètes pour réduire le bruit la nuit et limiter le nombre d’avions survolant les zones densément peuplées.

Des initiatives similaires ont été prises dans d’autres villes européennes. À Paris, Londres ou Amsterdam, les autorités ont mis en place des plans de rotation des trajectoires et des horaires de vol nocturne, afin de limiter l’impact sur les riverains. Les associations bruxelloises espèrent que Bruxelles pourra s’inspirer de ces modèles, en combinant sécurité aérienne, respect des normes et prise en compte de la santé publique.

Les citoyens ne se contentent plus de simples promesses. Ils réclament des mesures concrètes, telles que la réduction des vols de nuit, l’amélioration des systèmes de détection du bruit, et la consultation effective des habitants dans la planification des trajectoires. Certains experts évoquent même la possibilité de créer des zones tampons aériennes au-dessus des quartiers sensibles, afin de limiter l’exposition directe au bruit.

En conclusion, cette situation met en lumière la nécessité de rééquilibrer les priorités à Bruxelles : la croissance et la connectivité aérienne ne doivent pas se faire au détriment de la santé et du bien-être des habitants. Le débat sur le bruit aérien est loin d’être clos et pourrait influencer les décisions politiques à court et moyen terme, tout en renforçant la mobilisation citoyenne. Pour les Bruxellois concernés, chaque vol qui passe au-dessus de leur tête n’est pas seulement un bruit, mais un rappel constant de la tension entre mobilité et qualité de vie.

Alors que le débat continue, il est certain qu’un dialogue ouvert entre les autorités, les gestionnaires aéroportuaires et les habitants est désormais indispensable. Bruxelles est une capitale européenne dynamique, mais la ville doit aussi rester un lieu où il fait bon vivre, même sous le passage des avions.