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L’Union européenne n’est pas à la hauteur sur les objectifs de dépenses militaires à l’horizon 2030

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L’Union européenne n’est pas à la hauteur sur les objectifs de dépenses militaires à l’horizon 2030

Malgré les plans ambitieux de l’UE et l’augmentation des dépenses des Vingt-Sept dans le domaine de la défense, il sera difficile de parfaire la préparation en la matière d’ici à 2030. Tel est le message d’alerte lancé par la Cour des comptes européennes («la Cour»). Dans le document d’analyse qu’ils publient aujourd’hui, les auditeurs analysent l’évolution de la politique européenne de défense depuis 2020. Ils constatent un changement stratégique : l’Europe passe de la défensive à l’offensive en délaissant le mode de réaction aux crises au profit de la préparation en matière de défense et d’une approche de plus en plus structurée. Ils attirent également l’attention sur plusieurs défis et opportunités pour l’UE, ainsi que sur les risques liés à la gestion financière, à la gouvernance et à l’obligation de rendre compte.

 

La situation de l’Europe en matière de sécurité a radicalement changé ces dernières années. Résultat : après des années de sous-investissement, l’UE et ses États membres fortifient désormais le domaine de la défense et s’attachent à contrer les problèmes des réserves insuffisantes de munitions et de missiles, des longs délais de fabrication, de la dépendance à l’égard de fournisseurs non européens et des goulets d’étranglement logistiques. Cette situation, qui appelle une augmentation des capacités de production, une promotion de l’innovation et un renforcement des partenariats, marque un tournant pour l’industrie européenne de la défense.

 

« L’UE a lancé plusieurs initiatives pour que les États membres puissent collaborer et mettre en commun leurs efforts dans le domaine de la défense, mais l’objectif de préparation d’ici à 2030 s’annonce difficile à atteindre. Il est essentiel de tirer parti des nouvelles opportunités et de tenir compte des risques existants », a déclaré Marek Opioła, le Membre de la Cour chargé de l’audit.

 

Le contexte sécuritaire et l’augmentation des financements offrent des perspectives d’accroissement des capacités de la base industrielle et technologique de défense européenne, susceptibles de stimuler l’innovation. De nouvelles formes de coopération (telles que les pôles de défense et les coalitions capacitaires) peuvent aussi se développer parallèlement au renforcement des partenariats stratégiques, en particulier avec l’Ukraine. Par ailleurs, encourager les États membres à acquérir leurs systèmes de défense auprès de fournisseurs européens grâce à des clauses de préférence pourrait être un moyen de réduire la dépendance à l’égard de fournisseurs non européens à long terme. À court terme toutefois, cela devrait être compensé par des besoins opérationnels.

 

En ce qui concerne les risques, des études montrent qu’il sera difficile pour l’UE de parvenir à l’autonomie stratégique et de soutenir de manière indépendante des opérations militaires de haute intensité d’ici à 2030. Des analystes de la défense mettent en lumière des contraintes majeures persistantes, telles que la fragmentation des systèmes nationaux, les goulets d’étranglement industriels, la lenteur de la coordination politique et la dépendance à l’égard des États-Unis. L’UE peut tout de même réaliser de belles avancées, comme en témoignent l’accroissement des dépenses et l’augmentation rapide de la production de munitions.

 

Les dépenses de défense des Vingt-Sept ont fait un bond de près de 80 % entre 2020 et 2025. La planification des capacités dans l’UE suit principalement une approche ascendante, chaque pays déterminant ses propres besoins. Toutefois, l’absence de processus de planification descendant efficace au niveau de l’UE, conjuguée à une coordination insuffisante entre les différents flux de financement européens et nationaux, risque d’entraîner une fragmentation des investissements, des doublons ou des lacunes en matière de capacités. Des financements plus importants mais mal employés pourraient également entraîner des goulets d’étranglement au niveau des matériaux, des composants essentiels ou du personnel qualifié, compliquant l’utilisation des fonds alloués. Ces financements pourraient malgré tout s’avérer insuffisants pour répondre aux priorités de défense convenues et atteindre les objectifs fixés, tels que ceux pour la mobilité militaire. L’UE recourt de plus en plus à des prêts garantis par son budget, par exemple dans le cadre de l’instrument « Agir pour la sécurité de l’Europe », SAFE (150 (…)